Eddy Merckx a été un personnage central dans la vie de Jean-Claude Garot.

En juillet 1981, le journal "Pour" était au bord de la faillite. Ses bureaux et son imprimerie venaient d'être détruits par un attentat. Le champion cycliste avait clôturé sa carrière en 1978 et accordait désormais toute son attention à ses affaires, sa firme de vélos. Merckx, qui était sensible à la liberté de la presse, visita les locaux de la rue de la Concorde et décida d'aider l'hebdomadaire en lui donnant une importante somme d'argent. ""Pour" avait dix-huit millions de FB de dettes", raconte Garot.

Mais le champion cycliste belge va jouer un rôle bien plus important encore en 1983.

L'équipe autour de Garot cherche, en effet, à publier une revue de la qualité du mensuel allemand GEO, avec un contenu solide. Lors d'une réunion, Léon Michaux, journaliste à la RTBF-Liège, suggère de sortir un numéro zéro hors des sentiers battus du militantisme de gauche.

Le soir même, Garot voit Merckx. Le champion évoque le projet de Tour cycliste des Etats-Unis. L'organisateur a besoin d'un bon programme. Merckx téléphone à Jack Simes, ancien coureur et membre de la fédération cycliste aux Etats-Unis, en lui proposant les services de Garot. "Qu'il vienne tout de suite !", réplique l'Américain.

Sur ce, Garot prépare rapidement une maquette avec deux graphistes. L'Américain le reçoit quelques semaines plus tard dans l'hôtel Hyatt de la 42e rue à New York. Il est enchanté par la proposition des anciens de "Pour" et suggère à Garot de lancer un magazine sur le cyclisme pour le marché américain.

Les années américaines

"C'était le déchirement" dans l'avion du retour, raconte l'éditeur belge. Et, par un coup du pouce d'Eddy Merckx, Garot - le militant de Mai 68, l'homme de la presse de gauche - se lançait dans la publication d'une revue cycliste, "Winning", première étape d'une nouvelle vie aux Etats-Unis.

En Pennsylvanie, où il s'établit, Garot va devenir un éditeur très actif sur le marché de la presse sportive non seulement américaine, mais aussi européenne. Fasciné par le triathlon, il fonde "Triathlete". Il tente une percée dans le monde du cinéma avec "Visions international", qui tire jusqu'à 150 000 exemplaires, avant de se faire doubler par "Studio Magazine".

"Mon coup de coeur, c'est Sciences et Nature", dit-il. "Mais ce magazine n'était pas rentable, car nous n'avions pas de base pour la publicité. Nous avons perdu 60 millions en dix ans."

L'épisode américain a été à l'image des années belges. Garot est un entrepreneur qui a besoin de défis. C'est un homme d'affaires qui n'a jamais cédé sur le principe de la propriété, mais qui s'est mis au service de plusieurs causes, de l'extrême gauche au sport extrême. Au fur et à mesure qu'il cédait ses actifs et titres, Garot effaçait ses prêts et dettes.