Il est des hommes qui jugent que leur devoir est d’ordonner la mort. Il est des hommes qui pensent apaiser leur douleur grâce au sang d’autres hommes. Il est des hommes pour qui reconnaître une erreur ou ne fût-ce qu’un doute constitue un aveu de faiblesse. Il est des hommes convaincus que la crainte d’être mis à mort pour avoir commis un crime est plus puissante que l’impulsion de le commettre.

Ils se trompent.

La peine de mort ne répare rien. Au lendemain de l’exécution de Troy Davis, la famille du policier tué en 1991 à Savannah le découvrira. Le vide ne sera pas comblé. La douleur ne sera pas épongée. La rage ne sera pas calmée. Au lendemain de l’exécution de Troy Davis, les innombrables juges qui ont, tour à tour, décidé de celle-ci ne verront pas les hésitations, qui doivent tout de même lézarder leur conscience, s’évanouir. L’absence d’arme retrouvée, l’absence d’ADN, l’absence d’aveux, les sept rétractations de témoignage, les pressions subies révélées par les témoins, la reconnaissance par le Tribunal fédéral siégeant à Savannah en 2010 d’un doute (invraisemblablement qualifié d’insuffisant pour empêcher l’exécution) rendent perplexe jusqu’aux défenseurs des exécutions légales.

La peine de mort n’empêche rien. Les chiffres de criminalité ne diffèrent pas selon les états où subsiste ce reliquat de la préhistorique loi du Talion. Pire. Violente elle-même, une société ne peut espérer éradiquer la violence.

La peine de mort ne sert à rien. Qu’on l’exécute !