La France est sous le choc après les tueries perpétrées à Toulouse et dans ses environs. L’heure est au silence et au deuil, mais aussi à l’introspection sur l’état de la société française dont certains des maux ont pu, sinon produire, à tout le moins nourrir, sur fond d’inégalités sociales ou de discours stigmatisants, un terreau favorable à cette folie meurtrière à connotation raciste et antisémite. Pourtant, depuis plus de 24 heures, autant que le suivi de l’enquête et la volonté de comprendre, un sujet anime - et divise - le monde médiatico-politique de l’Hexagone : la question de savoir si la campagne électorale devait ou non être mise entre parenthèses. Sous quelle forme et pour combien de temps ? Comme si cette question était devenue l’enjeu central des dernières heures. Tétanisés à l’idée de se voir reprocher de vouloir récupérer politiquement ce drame, les candidats dans la course à l’Elysée, à l’une ou l’autre exception près, ont joué le registre de la retenue. Certes, il est normal que la compassion avec les familles des victimes soit de mise après un tel drame. Mais qu’on le veuille ou non - sous réserve de ce que l’enquête révélera sur l’identité, la personnalité et les mobiles du meurtrier -, ces tueries marqueront cette campagne. Au point d’en constituer un tournant et de modifier la perception des Français sur la capacité des uns et des autres à diriger le pays ? L’avenir le dira et la prudence s’impose. Mais l’électeur est en droit d’attendre un large débat public et démocratique sur les questions que ces crimes posent sur la société française. Avec retenue, sans attiser les haines et les passions, bref sans démagogie. A défaut, inutile de préciser qui en profitera