Accusé d’abus sexuels, leur candidat pourrait y perdre la sénatoriale face à un Démocrate. Eclairage Philippe Paquet

L’Alabama choisit ce mardi celui qui remplacera Jeff Sessions au Sénat et nombreux sont les Républicains qui regrettent aujourd’hui amèrement que Donald Trump ait fait de ce dernier son ministre de la Justice. Cette élection partielle a, en effet, tourné au cauchemar pour le parti présidentiel et, plus encore, pour l’actuel locataire de la Maison-Blanche.

Donald Trump s’était pris une première claque, le 26 septembre dernier, lors du scrutin qui devait départager les deux candidats arrivés en tête dans la primaire du Parti républicain. Il avait fait le pari de soutenir Luther Strange, le procureur général de l’Etat qui avait été désigné pour assurer l’intérim au Sénat, estimant que l’homme "était fort sur les armes et sur les frontières" (bien que l’Alabama ne soit pas précisément situé sur la frontière avec le Mexique). Strange avait été lourdement défait par son rival, Roy Moore, et cette déroute avait logiquement affecté le crédit d’un Président qui avait mis tout son poids dans la balance.

Ainsi investi par le Parti républicain, Roy Moore pouvait espérer une victoire facile face à son adversaire démocrate, Doug Jones, dans un Etat aussi conservateur que l’Alabama - on n’y a plus élu de sénateur démocrate depuis 1992. C’était sans compter sur un coup de théâtre : huit femmes accusent désormais le candidat de diverses formes d’agressions sexuelles; l’une des plaignantes n’avait que 14 ans au moment des faits imputés. Pour ce chrétien rigoriste qui a présidé à deux reprises la Cour suprême de l’Alabama et qui y incarnait par conséquent la moralité et la loi, cela fait tache.

Une majorité en péril au Sénat

S’il est permis à Donald Trump de se réjouir, à titre personnel, d’un tel rebondissement en rappelant qu’il n’avait pas appelé à voter pour ce candidat, il doit, cependant, boire à présent le calice jusqu’à la lie. Ni lui ni les Républicains ne peuvent se permettre, en effet, de voir le siège de Jeff Sessions passer aux mains des Démocrates. Pareille éventualité réduirait la majorité présidentielle au Sénat à 51 sièges sur 100 et rendrait plus incertaines qu’elles ne le sont déjà les entreprises législatives de la Maison-Blanche. Aussi Donald Trump a-t-il dû se résigner à battre le rappel de ses partisans pour qu’ils fassent élire Roy Moore, au risque de se prendre, ce mardi, un nouveau râteau.

Car, scénario impensable dans l’Alabama d’aujourd’hui, les candidats républicain et démocrate sont donnés au coude à coude par les sondages. Dans les rangs de Doug Jones, on se plaît donc à rêver au grand "retour des Démocrates", à la faveur d’une élection qui pourrait marquer le début d’une évolution politique comparable à celle à laquelle on assiste depuis plusieurs années déjà dans la Géorgie voisine.

Des amendements problématiques

Les chances des Démocrates sont d’autant plus réelles que beaucoup de Républicains n’ont pas attendu le scandale sexuel pour se défier de Roy Moore. Son extrémisme religieux, qui l’a fait démettre à deux reprises de la présidence de la Cour suprême de l’Etat, en effraie plus d’un. L’exhumation par CNN des enregistrements de deux émissions de radio de 2011a en outre révélé un homme qui se déclare hostile aux Amendements à la Constitution des Etats-Unis postérieurs au dixième - dont celui qui a aboli l’esclavage et ceux qui ont accordé les droits civiques aux Noirs et le droit de vote aux femmes.

Au nombre des Amendements qui n’ont pas l’heure de plaire à Moore, il y a aussi le dix-septième qui prévoit l’élection des sénateurs au suffrage universel. On le comprendra d’autant mieux si une majorité d’électeurs épouse l’opinion de l’autre sénateur de l’Alabama, le Républicain Richard Shelby, qui a publiquement appelé à ne pas voter pour Moore, estimant que l’Etat méritait mieux que lui.