Depuis le Brexit ou l'élection de Donald Trump, le refrain retentit à chaque élection, voire à chaque sondage. "De toute façon, il ne sert à rien de les croire car ils se trompent quand même tout le temps." Le raccourci est bien sûr hâtif et mérite de s'y attarder tant plusieurs facteurs entrent en compte. Le premier facteur est la date du sondage.

Dans le cas de l'élection néerlandaise, si on compare le résultat des urnes avec le dernier sondage, publié lundi 12 mars, les écarts restent assez faibles. Seul le parti du premier ministre sortant, le VVD (libéraux) a été plutôt mal évalué avec un score réel 6 sièges au-dessus de ce que prévoyait le dernier sondage.

En revanche, lorsqu'on remonte quelque peu dans le temps, au mois de décembre, par exemple, les sondages sont moins précis. Par exemple, en comparant un sondage, pris au hasard, datant du 12 décembre et les résultats parus ce jeudi, des écarts bien plus importants apparaissent.

Alors les sondages réalisés trop longtemps à l'avance sont-ils forcément faux ?

Oui... et non. Oui, dans le sens où il y a très peu de chances qu'ils correspondent au résultat qui sortira plusieurs mois plus tard. Et non, dans le sens où ce n'est pas la question que les sondeurs posent. Généralement, la question posée est "si l'élection avait lieu dimanche prochain, pour qui voteriez-vous?" Il n'est donc pas demandé aux sondés d'exprimer un vote plusieurs mois à l'avance.

Mais bien plus que le timing du sondage ou la question posée, de nombreux facteurs influencent la qualité d'un sondage. 

  1. Un "sondage" n'est pas une "question du jour", que vous retrouvez les sites d'information (dont le nôtre). Un vrai sondage implique une méthodologie précise. D'abord, le panel de personnes interrogées est généralement d'au moins 1.000 personnes qui représentent la population visée. En-dessous de 1.000, le sondage perdra en crédibilité.
  2. Un vrai sondage utilise également la méthode des quotas. C'est-à-dire que les 1.000 personnes interrogées correspondront à la diversité de la population étudiée. Sont par exemple pris en compte la classe d'âge, le sexe, la catégorie socio-professionnelle, la région et le type d'agglomération où vivent les interrogés. Le but étant de représenter au mieux la population étudiée.
  3. Un sondage contient toujours une marge d'erreur qui peut tourner entre 2 et 4%. Autrement dit, une évolution de 1 ou 2 point d'un sondage à l'autre n'est pas représentative. Exemple encore plus concret, si un sondage donne Monsieur X gagnant avec 52-48% face à Monsieur Y mais que la marge d'erreur est de 3%, Monsieur X pourrait très bien gagner avec 55%, tout comme Monsieur Y pourrait lui aussi gagner l'élection... avec 51%.
  4. Enfin, dernier principe utilisé par les sondages crédibles, c'est le "redressement". Il s'agit d'une technique utilisée par les instituts pour corriger le résultat qu'ils ont obtenu après leur enquête par téléphone. Cela part du principe que les sondés sont des humains qui oublient une réponse, se trompent ou même, parfois, peuvent mentir. Cela concerne surtout les partis extrémistes pour lesquels il est parfois difficile d'assumer socialement son vote. Un responsable d'un institut de sondage revenait dans Les Echos sur le cas de l'élection présidentielle de 2002. "Peu avant le premier tour, on estimait le score de Jean-Marie Le Pen entre 14 % et 15 % mais dans les résultats bruts de nos enquêtes, avant le redressement, il tournait plutôt autour de 7 %. Beaucoup de gens n'assumaient simplement pas ce vote et n'osaient pas le dire quand on les interrogeaient." Le redressement permet donc de réévaluer ces votes.
Un sondage réalisé en 2002 et retrouvé par un internaute montre bien la difficulté que les instituts avaient eu à redresser le score de Jean-Marie Le Pen. Pour rappel, le candidat frontiste avaient obtenu 16,86% des voix au premier tour.

Cette difficulté de redressement des votes permet, en partie, d'expliquer les victoires surprise du Brexit ou de Trump dans le sens où ces votes sont également des votes extrêmes et pour lequel les sondés auront moins tendance à avouer leur vote à l'avance.

Finalement, à quoi servent les sondages ?

Même si nous répondons à cette dernière question à la fin, c'est peut-être la première question à poser. Les sondages servent avant tout aux professionnels de la politique, voire aux candidats eux-mêmes. C'est eux qui sauront comment expliquer l'une ou l'autre variation de leur score en fonction du temps. C'est d'ailleurs un outil important dans leur campagne puisque les sondages leur permettent de tester leurs mesures ou leurs annonces. Du point de vue du citoyen, en revanche, l'intérêt est beaucoup plus relatif, si ce n'est une curiosité pour la chose politique.

En conclusion, à part la méfiance des sondages et, comme pour tout, la multiplication des sources, nous vous conseillons de suivre un sondage comme celui-ci qui affiche clairement les marges d'erreurs et les variations dans le temps. 

© AFP