"Jamais la Hongrie n’a autant voté pour des européennes”, note le site Index. Et cette participation de 43,4 %, contre 29 % en 2014, a fortement profité au Fidesz. Le parti du Premier ministre Viktor Orbán, qui gouverne depuis 2010, sort en effet très largement en tête de ce scrutin. Et ce n’est en rien une surprise. Selon les résultats quasi définitifs publiés par la commission électorale, il a obtenu 52,1 % des voix, contre 51,5 % cinq ans plus tôt. Cela se traduit par treize des vingt et un sièges réservés aux eurodéputés hongrois. Dimanche soir, le grand quotidien conservateur Magyar Nemzet saluait “une énorme victoire”.

Le Fidesz ne laisse jamais rien au hasard lorsqu’il s’agit de remporter une élection. Lors de sa campagne, le parti a passé la Hongrie au peigne fin, organisant plus de deux cents forums dans tout le pays, au cours desquels ses militants ont rencontré plus de 40 000 personnes. En outre, la pétition contre l’immigration qui a fait office de programme de campagne à Viktor Orban a recueilli 1,5 million de signatures.

Comme promis mardi par son directeur de campagne, le parti a lancé un véritable “blitz” dans les trois derniers jours qui ont précédé le scrutin : des dizaines de milliers de militants sont allés à la rencontre de centaines de milliers d’électeurs, en personne ou par téléphone.

Les cartes rebattues dans l’opposition

Face à ce rouleau compresseur, qui n’a plus perdu une élection depuis une décennie, ses concurrents n’ont pu glaner que des miettes. Mais les résultats ont réservé des surprises. Tout d’abord, la Coalition démocratique (DK), le parti social-libéral de l’ancien Premier ministre Ferenc Gyurcsany, a obtenu un score inespéré de 16,3 %. Ce résultat permet en effet à l’ancienne bête noire de Viktor Orban de reprendre pied dans le jeu politique. De même, le jeune parti Momentum, allié des libéraux européens de l’ALDE, arrive en troisième position en recueillant 9,9 % des suffrages. Ses jeunes militants ont su mobiliser lors d’une campagne extrêmement dynamique dans tout le pays. Jeudi soir à Budapest, Momentum avait également reçu le soutien de Guy Verhofstadt, venu défier Viktor Orban sur ses terres, après avoir été la cible d’une campagne de dénigrement.

Le Parti socialiste (MSZP) en coalition avec le petit parti de gauche Dialogue et le parti d’extrême droite Jobbik enregistrent de leur côté chacun une grosse contre-performance – autour de 6,5 %. Siphonné par un Fidesz de plus en plus radical, le Jobbik – qui avait fait une entrée fracassante dans le jeu politique aux élections européennes il y a dix ans – paie au prix fort son changement de cap (vers le centre) et la perte de son dirigeant charismatique, Gabor Vona.