Les Polonais ont battu ce dimanche leur record de participation aux élections européennes. Dès 17 heures, 32,51 % des électeurs s’étaient présentés aux urnes, alors qu’en 2014, ils n’étaient que 23,83 % à l’avoir fait. Il faut dire que la campagne électorale fut particulièrement tendue, marquée par le scandale de la pédophilie dans l’Église et la fronde anti-LGBT des ultraconservateurs du parti Droit et Justice (PiS), au pouvoir. Ces derniers auraient remporté les élections européennes avec 42,4 %, suivis toutefois de près par la Coalition européenne (39,1 %), selon les sondages de sortie des urnes.

Un documentaire explosif

C’est un documentaire, réalisé grâce à une récolte de dons sur Internet et publié sur Youtube, qui a mis la société et le monde politique polonais sens dessus dessous. À l’aide d’une caméra cachée, le film confronte les victimes de pédophilie à leurs agresseurs, qui avouent leurs actes et tentent de demander pardon. Le film des frères Tomasz et Marek Sekielski a été visionné depuis près de 20 millions de fois.

Le PiS, au pouvoir depuis 2015, risquait de payer cher sa grande proximité avec l’Église, sur la sellette. Face à cette situation, les ultraconservateurs ont essayé de sauver les meubles. D’abord en votant une loi qui durcit les peines pour les cas de pédophilie. Mais surtout, en prenant pour cible les homosexuels. Alors que le nouveau maire libéral de Varsovie s’est engagé à faire respecter les droits des minorités, le PiS demandait aux militants du mariage pour tous de “garder leurs mains bien loin des enfants”. Les ultraconservateurs ont même accusé la Coalition européenne de “sexualiser” les jeunes.

Dans les sondages, le Parti droit et justice, membre des Conservateurs et réformistes européens (ECR), était donné au coude-à-coude avec l’opposition libérale, la Coalition européenne. Cette dernière réunit la Plateforme civique, le parti paysan PSL, les libéraux de Nowoczesna et les sociaux-démocrates du SLD. S’ils se sont serré les coudes dans cette élection, ces partis continueront à siéger chacun dans leur groupe européen respectif : Parti populaire européen pour les deux premiers, l’Alliance des libéraux et démocrates européens (ALDE) pour Nowoczesna, le groupe des Socialistes et démocrates européens (S&D) pour le SLD.

Finalement, le PiS a remporté 42,4 % des voix, suivi par la Coalition européenne (39,1 %). Un nouveau parti de gauche Wiosna arrive troisième avec 6,6 % des voix. Celui-ci rejoindrait également le groupe du S&D.

L’enjeu était de taille puisque ces élections européennes ont valeur répétition générale en Pologne. À l’automne, les citoyens devront voter pour les législatives, puis, en 2020, aux présidentielles.