Les élections européennes du mois de mai préfigurent un vaste jeu de chaises musicales, au-delà du renouvellement des eurodéputés et des commissaires européens. Quatre postes clefs de la "Maison Europe" éveillent les convoitises : la présidence de la Commission et du Parlement bien sûr, mais également celle du Conseil européen et la fonction de Haut représentant aux Affaires étrangères de l’Union.

La désignation des lauréats fait l’objet d’un véritable marchandage entre les Etats membres d’une part, et avec l’assemblée parlementaire d’autre part. Le choix repose sur de délicats équilibres, rappelle Marco Incerti, chargé de recherche au Centre d’études politiques européennes (CEPS), soulignant que certains critères plus ou moins formels doivent être pris en considération. L’affiliation politique, le pays d’origine (petit ou grand, ancien ou nouveau membre), les équilibres géographiques (nord-sud, est-ouest), une certaine parité homme-femme constituent autant d’éléments qui pèsent dans la balance. Et "les expériences du passé montrent que les noms qui apparaissent aujourd’hui peuvent parfaitement être ‘brûlés’ par la suite", ajoute M. Incerti. Un point de vue que partage le directeur du Centre de politique européenne (EPC), Janis Emmanouilidis.

De plus, "tout le monde sait que la désignation décidée pour un poste affectera les choix pour les autres fonctions. U n Etat membre qui n’aurait rien obtenu au niveau européen pourrait recevoir le poste de secrétaire général de l’Otan, certains estimant que cela fait partie du puzzle" , note M. Emmanouilidis.

Au cœur de ces grandes manœuvres, la désignation du successeur de José Manuel Barroso à la présidence de la Commission va cristalliser les tensions. En vertu du traité de Lisbonne, les Etats membres sont désormais tenus de prendre en considération, dans leur choix, le candidat du parti sorti en tête des élections. Aux yeux du Parlement, cette légitimité obtenue par les urnes doit donc se traduire automatiquement par la nomination du vainqueur à la tête de la Commission. Mais les dirigeants européens - Angela Merkel en tête - ne l’entendent pas forcément de cette oreille. A en croire nos interlocuteurs, un affrontement entre les deux institutions (Parlement et Conseil européen) est à craindre, au risque de faire traîner les négociations en longueur.

Manœuvres

Le jeu d’influence pour s’assurer les soutiens nécessaires à l’obtention d’un mandat se fait par les discussions de couloir et les prises de parole publiques, ainsi que par des visites stratégiques dans les capitales européennes, à l’instar de celle rendue mercredi à Paris par le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker au président François Hollande. "On essaie d’acquérir une stature auprès des citoyens en prenant des positions politiques plus tranchées ou de se rendre sympathique aux yeux d’un Etat membre dont on espère l’appui", résume M. Incerti.

Reste une question fondamentale, conclut Janis Emmanouilidis : "Quel profil les Etats membres attendent-ils pour ces ‘top jobs’ ? Un profil fort ? J’en doute. Ils veulent garder la main et ne souhaitent pas un candidat avec une trop forte personnalité."