Mardi soir, le dernier débat télévisé en vue des élections législatives néerlandaises s'est transformé en violente confrontation sur la question de "l'appartenance" des Pays-Bas, entre la tête de liste PvdA (parti travailliste) Lodewijk Asscher et le leader du PVV (parti pour la liberté) Geert Wilders. Ce dernier a systématiquement attaqué la position de son opposant, selon lequel le pays est "à tout le monde" ou "à nous tous". Le leader nationaliste a évoqué des propositions dignes "de Woodstock", arguant que "les Pays-Bas appartiennent aux Néerlandais". En pleine crise diplomatique entre La Haye et Ankara, il n'a pas manqué de faire référence, pour appuyer ses propos, aux citoyens d'origine turque ayant protesté dans les rues de Rotterdam samedi. Les Pays-Bas auraient en effet été "à tout le monde" si ces protestataires avaient arboré le drapeau néerlandais plutôt que les couleurs du pays d'Erdogan, a argué le populiste. Ce dernier est par ailleurs revenu sur un de ses thèmes favoris, la menace que constituerait l'islam. "L'Islam est la plus grande menace pour les Pays-Bas. C'est un problème existentiel, le futur de notre pays est en jeu. Islam et liberté ne vont pas ensemble", a-t-il développé, appelant à protéger la culture chrétienne.

Lodewijk Asscher a quant à lui pris le parti de souligner les déclarations tapageuses mais faciles de Wilders. "Des dizaines de milliers de tweets furieux, mais zéro solution", a-t-il résumé.

Le débat, retransmis sur une chaîne de service public de la NOS, n'a pas permis de distinguer les alliances possibles entre partis en vue de créer une coalition après les élections. Certaines têtes de liste présentes, parmi les huit personnalités politiques qui ont pris part au débat, ont montré une timide main tendue, mais sans insistance.

Lors d'un face à face entre deux figures de la gauche, Lodewijk Asscher et le leader du parti socialiste (SP) Emile Roemer, les deux hommes ont prudemment gardé leurs distances. Emile Roemer reproche notamment à Lodewijk Asscher d'avoir, dans la coalition PvdA - VVD (parti libéral) actuellement au gouvernement, trop coupé dans le budget des soins de santé. "Vous pouvez dire que vous avez pris vos responsabilités, mais c'était la mauvaise responsabilité", a lancé Roemer.

Mark Rutte, l'actuel Premier ministre, a critiqué le programme en matière d'énergie et de climat de la ChristenUnie (CU, Union Chrétienne), le traitant d'irréaliste. Selon le leader du VVD, la fermeture de centrales polluantes en territoire néerlandais sera sans doute compensée par l'ouverture d'autres centrales du même type dans des pays de l'est.

Un sondage d'opinion de mardi place le VVD de Mark Rutte en tête des intentions de vote, avec 27 sièges attendus (sur 150), devant GroenLinks et D66 avec 20 sièges chacun. Le PVV, encore récemment annoncé en tête, serait en perte de vitesse et placé en 4e position avec 16 sièges, notamment à la suite de la bataille diplomatique entre les Pays-Bas et la Turquie, qui aurait plutôt bénéficié à Mark Rutte, dont les positions fermes mais appelant au calme ont plu.

Le dernier débat, qui devait décider les derniers indécis, a vu les candidats faire "jeu égal", selon l'analyste de la NOS.