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C’est "un scrutin sous tension" , c’est ainsi que l’institut de sondages Ipsos a qualifié, vendredi, les élections régionales de ces deux prochains dimanches. C’est le moins que l’on puisse écrire. Jamais les Français ne s’étaient rendus aux urnes aussi rapidement après une telle tragédie - 130 morts, le 13 novembre : sans précédent. Et jamais, depuis les années 60 (en pleine guerre d’Algérie), ils n’avaient voté alors que le pays est placé sous état d’urgence.

Le FN devrait réaliser un score historique

Le Front national devrait massivement tirer profit de cette situation inédite. Les dernières enquêtes d’intentions de vote voient ses listes arriver en tête, à l’échelle du pays. Dans la zone des 30 % des suffrages, devant la droite sarkozyste (sous les 29 %), et distançant le PS et ses alliés radicaux de gauche (sous les 25 %). Certes, "cela bouge un peu; les choses ne sont pas encore totalement cristallisées" , selon le sondeur Brice Teinturier. Ainsi, dans les dernières heures de la campagne, la gauche s’est redressée légèrement (+ 1,5 %), alors que le FN et la droite ont enregistré un petit tassement (de 0,5 %, chacun). En outre, la part des sondés affirmant pouvoir changer d’avis d’ici à dimanche n’est pas mince (atteignant parfois 30 %), y compris dans les régions où la campagne a été très médiatisée.

A la marge, donc, les résultats pourraient ne pas être un copier-coller des sondages. Il n’empêche, ce serait une surprise si le FN ne remportait pas haut la main le scrutin. En tout cas son premier tour - au second tour, les combinaisons d’appareils et arrangements de dernière minute pourraient nuancer la donne.

Une dynamique, pas "un boulevard"

Les attentats n’ont pas constitué "un boulevard" pour le Front, comme beaucoup l’ont pronostiqué d’emblée. Si cela avait été le cas, ses listes auraient enregistré des progressions régionales à deux chiffres, ce qui n’a pas été le cas. Cette actualité n’en a pas moins accentué fortement la dynamique qui, avant le 13 novembre déjà, jouait en faveur de ce parti. Cela lui a permis, dans toutes les régions sans exception, de gagner encore quelques points supplémentaires - une demi-douzaine au maximum, dans le cas de figure le plus favorable pour lui.

Deuxième nuance à souligner : les Français n’iront pas voter avec, à l’esprit, uniquement le contexte terroriste. La semaine qui a suivi les tueries, la menace terroriste est remontée du quatorzième au cinquième rang, dans le classement des enjeux de détermination du vote. Mais, à en croire un récent sondage, désormais, six électeurs sur dix assurent que les attentats pèseront "peu ou pas du tout" sur leur vote.

Comment expliquer, dans ces conditions, le succès annoncé du Front ? Il est dû à trois facteurs combinés.

D’abord, l’électeur lepéniste est ultramobilisé. "Le principe de réalité parle pour nous , dixit la députée FN Marion Maréchal Le Pen : nous avions raison sur les frontières et l’islam radical." En plus, Marine Le Pen n’a reculé devant rien pour hystériser ses troupes ( "Si nous échouons, le totalitarisme islamiste prendra le pouvoir dans notre pays !" ). Dès lors, pas un seul électeur frontiste ne devrait s’abstenir.

Pas de sursaut civique

Ensuite, et a contrario, aucun sursaut civique n’est noté dans le reste de l’électorat. L’abstention pourrait être analogue à celle des régionales de 2010 (53,6 %). N’en déplaise aux pressions exercées par Manuel Valls. "Quand la démocratie est attaquée, il y a une obligation, pour chaque Français : une manière d’exercer cette démocratie, en allant voter" , a insisté le Premier ministre.

Enfin, troisième facteur pénalisant les anti-FN : l’envolée sondagière de François Hollande ne profite pas aux candidats PS. "Peut-être que l’on aura une plus grande concentration des voix sur les listes PS au premier tour", selon le sondeur Jérôme Sainte-Marie (PollingVox). Mais cela pourrait faire tomber les Verts et la gauche sous la barre des 5 %, ce qui les interdirait de fusionner leurs listes avec celles du PS, au second tour. Surtout, la posture ultrasécuritaire de l’exécutif, depuis le 13 novembre, va rendre encore plus compliqués qu’avant les reports des voix de la gauche au profit des socialistes, au second tour.