Pour la première fois dans le monde, des élections pourront être observées sur internet. Et c'est en Russie, pour les présidentielles et municipales qui se déroulent ce dimanche dans le pays, de 8 à 20 heures. Confronté à une vague de protestations contre des fraudes aux législatives de décembre, Vladimir Poutine a en effet ordonné de placer les bureaux de vote sur surveillance de caméras web. Selon le ministre des Communications Igor Shchyogolev, près de 200 000 caméras ont été installées dans les quelques 100 000 bureaux de vote du pays.

Les internautes doivent impérativement s'inscrire ce samedi sur le site Webvybory2012.ru pour se brancher ce dimanche. Les instructions sont en russe, mais la traduction Google permet d'avancer dans le processus. Il suffit de donner son nom, son adresse mail et un mot de passe. Un mail de confirmation est envoyé sur lequel il ne reste qu'à cliquer pour confirmer.

Les caméras sont braquées sur les urnes, jusque dans les régions les plus éloignées du pays.

L'opposition est très sceptique sur ce procédé que l'administration russe compte renouveler lors des élections suivantes. Les fraudes comme le « bourrage des urnes » ne sont pas pour elle le principal problème, mais bien la transmission des résultats du niveau local au niveau régional.

En outre, dans les bureaux de vote, les partis, les médias accrédités plus un certain nombre d'observateurs étrangers, notamment de l'OSCE et de l'UE, peuvent surveiller le dépouillement des urnes. « Normalement, c'est impossible de frauder », nous a dit le président d'une commission électorale à Tver, une ville au nord-ouest de Moscou. « Car à côté de chaque membre de la Commission, il y a un contrôleur ».

Golos dans le collimateur des autorités russes

Les journalistes défilent ce samedi au quartier-général temporaire à Moscou de l'organisation non-gouvernementale Golos, qui a décidé de traquer les fraudes éventuelles. Golos est tout un symbole. Financée en partie par une agence du gouvernement américain, elle est dans le collimateur des autorités russes, et surtout de la chaîne de télévision pro-Poutine NTV, qui l'accuse de travailler pour les Américains. A plusieurs reprises, lors de la campagne, Vladimir Poutine a accusé les Etats-Unis d'ingérence dans les affaires intérieures russes.

Qu'à cela ne tienne, Golos est fin prête pour ces présidentielles. Elle affirme qu'elle va déployer près de 2000 observateurs dans les bureaux de vote d'environ un tiers du pays. Lilia Shibanova, la directrice de l'association, craint surtout des fraudes au sein des entreprises, où les patrons donnent des consignes de vote, et dans le système des procurations. « Malheureusement », dit-elle, « nous ne nous attendons pas à ce que les élections soient honnêtes. Il y de grandes possibilités de fraudes dans les entreprises. Le pire, ce sont les gens qui vont voter pour d'autres ». Certains électeurs passent en effet d'un bureau de vote à un autre pour voter au nom de plusieurs personnes. C'est le système dit du carrousel.

Golos ne se prononce pas sur l'utilité des caméras web et attend que l'expérience se fasse. Mais elle estime que cela permettra de voir ce qui va se passer dans des régions comme la Tchétchénie ou l'Ingouchie qui avaient enregistré des taux de participation aux votes proches de 100% lors des élections de décembre remportées par Russie unie par 49,5% des voix.