Le probable massacre des 43 étudiants disparus au Mexique est une "immense honte" pour le pays, qui rappelle les horreurs des camps de concentration nazis, a affirmé dimanche à Miami l'écrivaine mexicaine Elena Poniatowska.

"Que 43 jeunes soient ainsi assassinés, et pas seulement assassinés, qu'ils soient brûlés dans une décharge, comme des ordures, comme de la merde, est une immense honte, pour moi personnellement et aussi pour le pays", a souligné Mme Poniatowska lors d'une rencontre avec des journalistes.

"Comment le pays va-t-il pouvoir faire face au monde après cela? Parce que cela rappelle les camps de concentration, cela rappelle la Seconde Guerre mondiale, l'élimination d'êtres humains", a insisté l'écrivaine et journaliste de 82 ans, à l'ouverture dimanche du Salon international du Livre à Miami (Floride, sud-est), considéré comme le plus important événement littéraire des Etats-Unis.

Le Mexique reste indigné par l'attaque brutale contre les étudiants à Iguala (Etat de Guerrero) menée le 26 septembre par des policiers municipaux corrompus.

Après cette attaque, qui a fait six morts dont trois étudiants, les policiers auraient remis 43 étudiants au gang criminel Guerreros Unidos, dont trois membres, arrêtés après les faits, ont livré un récit terrifiant: selon eux, le gang aurait fait brûler les corps sur un gigantesque bûcher pendant 14 heures, dans une décharge, avant de disperser les restes dans une rivière avoisinante.

"Ce qui s'est produit dans mon pays est non seulement une tragédie mais aussi un recul terrible", a encore estimé la militante de gauche, lauréate en 2013 du prix Cervantes, considéré comme le Nobel des lettres hispaniques.

Mme Poniatowska, qui était devenue célèbre avec son livre "La Nuit de Tlatelolco" sur le massacre d'au moins 44 étudiants par des militaires au Mexique en 1968, a expliqué qu'elle était "persuadée qu'un tel massacre ne se reproduirait plus".

"Il est clair que c'est un pays dans lequel (de telles tragédies) sont très faciles, parce que la mort va toujours de pair avec la quantité d'armes" en circulation, a-t-elle relevé, évoquant également l'importante corruption du gouvernement et "l'abîme" qui sépare les classes riches et les classes pauvres au Mexique.