C’est un Emmanuel Macron triomphant qui s’est présenté devant son public aux drapeaux virevoltants. Favori, il fête sa victoire à 23,9%, selon les dernières estimations. Sur le podium, il se présente avec Brigitte Macron, comme s'il était déjà président.

Voici ses principales déclarations :

"Le peuple de France s'est exprimé. Alors que notre pays traverse un moment inédit de son histoire, marqué par le terrorisme, les difficultés économiques et les souffrances sociales (...), il a répondu de la plus belle manière : en allant voter massivement. Il a décidé de me porter en tête du premier tour de ce scrutin.

Je veux ici saluer les autres candidats présents au premier tour. [Il cite chaque candidat sauf Marine Le Pen]

Merci de les avoir applaudis à l'instant. Cela vous ressemble. Je sais la déception de ceux qui les soutenaient.

Je veux dire ce soir [à ceux qui m'ont aidé à créer En Marche!] : en une année, nous avons changé le visage de la politique française. L'engament pour la patrie, l'énergie collective au-delà des divisons l'ont emporté ce soir.

Depuis un an, partout en France, vous avez pris votre part du destin national. Vous avez montré que notre pays n'était pas une bulle, une lubie. Vous avez donné vos jours et, quand il ne suffisait pas, vous avez donné vos nuits.

Ne renoncez jamais (...) restez les courageux exigeants que vous êtes.

Dès ce soir, je me dois d'aller au-delà. Je ne serai jamais loin de vous et j'aurai toujours besoin de vous. C'est ce soir une joie grave, lucide, qui m'habite.

Merci à toute ma famille et à Brigitte, toujours présente et (...) sans laquelle je ne serais pas moi.

Je veux être le président des patriotes face à la menace des nationalistes. Un président qui protège, qui transforme et qui construit.

Le défi, à partir de ce soir, n'est pas de voter contre qui que ce soit, mais de rompre avec un système qui a été incapable de résoudre les problèmes de notre pays depuis plus de 30 ans.

Je ne demanderai pas à ceux qui me rejoignent d'où ils viennent.

Je veux dès à présent construire une majorité, avec de nouveaux visages et de nouveaux talents.

Vous avez montré qu'il n'y avait dans notre pays aucune fatalité. Vous êtes ce visage du renouveau, celui de l'espoir français."

Peu après 20h, Emmanuel Macron avait accordé sa première réaction à l'AFP : "On tourne clairement aujourd'hui une page de la vie politique française. (...) Les Français ont exprimé leur désir de renouvellement. Notre logique est désormais celle du rassemblement que nous poursuivrons jusqu'aux élections législatives".

Il est l'ultra favori

Rien n’est joué, selon la formule consacrée. Mais le leader d’En Marche partira indiscutablement grandissime favori de ce second tour.

Et ce pour plusieurs raisons. Arithmétiques, d’abord. Selon tous les sondages réalisés avant le premier tour, Emmanuel Macron battrait largement Marine Le Pen au second tour. A titre d’exemple, le dernier sondage Ifop-Paris Match, paru le 21 avril, donnait une victoire de l’ancien ministre de l’Economie à 60,5 % contre 39,5 % pour la présidente du Front National. Une large victoire dont on voit mal – à moins bien sûr d’un événement totalement imprévu – ce qui pourrait venir l’entraver.

Front républicain

Un seul scénario aurait en fait permis au FN d’envisager la victoire : celui d’une nette avance sur le second au soir du premier tour. Un score tangeantant les 30 % lui aurait ainsi permis d’espérer. Mais, en arrivant deuxième au soir du premier tour – à l’issue d’une campagne où elle n’a cessé de perdre du terrain lors des dernières semaines – la présidente du FN ne peut guère croire en ses chances. Le moins que l’on puisse dire est que la dynamique n’est franchement pas en sa faveur.

La victoire est d’autant plus difficile à envisager pour la patronne du FN que, jusque-là, elle s’est systématiquement heurtée à un “front républicain” et à un plafond de verre au second tour. Et ce, même lorsque ses scores de premier tour étaient très élevés, comme aux Régionales de 2015. Dans plusieurs régions, le FN avait réalisé un score supérieur à 40 %, sans pour autant parvenir à l’emporter finalement. Au second tour, le meilleur score du FN avait été réalisé en PACA par Marion Maréchal Le Pen (45,2 %), qui avait fait mieux que sa tante dans le Nord-Pas de Calais (42,2 %).

Consigne

Autant dire que le défi s’annonce quasiment impossible à relever. Pour aggraver sa situation, plusieurs de ses grands concurrents ont appelé à voter pour Macron au second tour. C’est le cas en particulier des candidats du Parti socialiste et des Républicains.

Ainsi Benoît Hamon a-t-il précisé qu’il “appelait à battre le plus fortement et le plus puissamment possible le Front national, à battre l’extrême droite, en votant pour Emmanuel Macron, même si celui-ci n’appartient pas à la gauche.”

De son côté, François Fillon a lancé : “Il nous faut choisir ce qu’il y a de meilleur pour notre pays, je ne le fais pas de gaîté de cœur. Le FN a une histoire qui est connue pour sa violence et pour son intolérance. Je vous l’assure, l’extrémisme ne peut qu’apporter malheur et division à la France.”

La consigne est d’autant plus importante que le Sarthois avait par moments pris des accents proches de ceux du FN pour dénoncer médias et juges, dans une fuite en avant vers le “tous pourris” qui ne pouvait avoir pour effet que de radicaliser ses électeurs. Si rien ne présage de ce que feront ces derniers, on peut penser qu’une part importante d’entre eux, si elle ne va pas voter pour Macron, choisira au moins l’abstention.

Distance idéologique

Parmi les “grands” candidats, seul Mélenchon n’a finalement pas donné de consigne de vote. “Je n’ai reçu aucun mandat pour me prononcer sur le second tour”, a déclaré le leader de la gauche radicale.

Il a appelé “les 450 000 insoumis” à faire part de leur choix au second tour sur sa plateforme en ligne. Là encore, la distance idéologique entre les électeurs de Jean-Luc Mélenchon et ceux de Marine Le Pen laisse à penser que les “Insoumis”, s’ils ne vont pas voter “En Marche”, choisiront dans ce cas l’abstention.

Pour le FN, l’enjeu sera en fait surtout de ne pas subir une défaite trop humiliante, pour démontrer sa capacité à l’emporter éventuellement la fois suivante. Pour autant, on peut estimer sans trop s’avancer, que le suspense, dans quinze jours, sera bien moindre que ce dimanche.