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Contrairement aux pronostics, c'est Mauricio Macri qui est en ballottage favorable avant le second tour de l'élection présidentielle en Argentine, scellant l'émergence d'une nouvelle force politique de droite qui s'appuie sur un électorat populaire avide de changement.

La colonne vertébrale de sa coalition est le PRO (Proposition républicaine, droite), parti qu'il a créé en 2007, mais la formation qui a porté le maire de Buenos Aires au second tour intègre également le centre-gauche.

Crédité par les sondeurs d'environ 30% des intentions de vote, M. Macri a rassemblé au premier tour le 25 octobre 34% des suffrages, tout près du score du candidat du pouvoir sortant, Daniel Scioli, qui était le favori du scrutin.

La nouveauté, dans le pays le plus austral de l'Amérique, c'est l'ascension du PRO, au sein de l'alliance Cambiemos (Changeons), avec les radicaux de l'UCR, formation historique de centre-gauche, et d'autres petits partis.

Mauricio Macri, 56 ans, se positionne comme un candidat de rupture après 12 ans de présidence de Nestor et Cristina Kirchner, face à Daniel Scioli, 58 ans, soutenu par Mme Kirchner. On croyait s'acheminer vers une victoire confortable de M. Scioli mais tout a basculé au soir du premier tour, avec le score surprise de M. Macri.

M. Scioli est "un perdant moral, il y a un climat de défaite au sein du pouvoir", considère le politologue Ricardo Rouvier.

Depuis la première élection démocratique en 1912, tous les présidents élus sont issus de deux formations, le péronisme, mouvance fondée par l'ancien président Juan Peron, et l'Union civique radicale (UCR, centre-gauche).

"Si Macri est élu président, il émergera peut-être un bipartisme, avec une force plus populiste centrée sur la redistribution des richesses, le péronisme, et une autre plutôt de centre-droit, donnant priorité à l'efficacité dans la gestion", celle de M. Macri, prédit le politologue Rosendo Fraga.

Mauricio Macri n'a pas seulement séduit les classes aisées urbaines et agricoles, fervents antipéronistes et antikirchnéristes. Des ouvriers, des habitants des favelas ont voté pour le maire de Buenos Aires, fils d'un capitaine d'industrie et ancien président du club de football de Boca Juniors, le plus populaire du pays.

"Macri fait partie de la nouvelle droite latino-américaine. Mais à la différence d'un Républicain américain, qui dit ce qu'il pense et ce qu'il fait, il a un discours empreint de populisme", estime la sociologue Camila Matrero.

Le soir du premier tour, M. Macri a offert à ses partisans une fête à l'américaine, avec des ballons de couleurs et une pluie de petits papiers colorés, alors que retentissait la cumbia, la musique des classes populaires.

Le processus électoral de 2015 marque une fin de cycle. Il n'y a pas de dauphin désigné par Cristina Kirchner mais seulement un pacte avec M. Scioli, membre de la coalition de gauche au pouvoir qui avait la cote dans les enquêtes de vote.

Bilan de cette époque: les Kirchner ont traîné devant la justice 600 militaires responsables de crimes durant la dernière dictature, suscité une forte consommation, assuré des salaires alignés sur la forte inflation, nationalisé la compagnie pétrolière nationale et promu une politique économique protectionniste.

"L'électorat demande autre chose, une ouverture au monde, la fin des restrictions d'accès aux devises", relève le politologue Gustavo Cordoba, et dans ce contexte, "il y a un léger glissement vers la droite" de l'échiquier politique.

Pour le sociologue Federico Gonzalez, "si on regarde le passé de Macri, il est de droite et ne s'en cache pas. Il est libéral de formation, mais il a évolué".

Sur les terres traditionnellement acquises à l'UCR (centre-gauche), Cambiemos a volé de succès en succès lors des élections du 25 octobre, preuve que l'amalgame, osé, a pris. A l'inverse, dans la province de Jujuy, fief des péronistes, un radical a été élu gouverneur.

La mouvance de Mauricio Macri l'emportera-t-elle ? Verdict dans les urnes le dimanche 22 novembre. Une chose est sûre, le prochain président devra se montrer conciliateur car il n'y aura pas de majorité parlementaire.