Pour Angela Merkel, rien n’est joué d’avance. Malgré sa popularité, la chancelière allemande ne ménage pas ses efforts dans la perspective des élections législatives fédérales qui doivent se tenir le 22 septembre prochain. Pour mobiliser ses troupes, elle multiplie les meetings électoraux et les bains de foule : depuis ce mardi 13 août, elle visite deux villes par jour. Au total, elle a planifié 56 apparitions publiques d’ici à la date du scrutin.

La chef de file de l’Union démocrate-chrétienne (CDU) compte aussi sur Internet pour convaincre les électeurs. Il y a une semaine, elle a dévoilé un nouveau site Web à son effigie. Subdivisé en deux onglets, “personnel” et “politique”, ce site est jalonné de nombreuses photos : Angela gamine jouant avec une poupée, Angela adolescente devant une tente de camping, Angela adulte à la mer… La dirigeante s’y raconte à la première personne et livre quelques anecdotes intimes, de l’échec de son premier mariage et à la soupe aux pommes de terre qu’elle aime mitonner.

Un bouleversement dans le chef d’une femme réputée pudique? Pour Florence Autret, journaliste française auteure d’“Angela Merkel, une Allemande (presque) comme les autres” (Tallandier), le site de campagne de la chancelière ne révèle rien de très surprenant.

“Elle n’a jamais protégé farouchement sa vie privée. Des photos d’elle en vacances circulent régulièrement. Elle contrôle et construit son image de femme simple, mais en même temps cette image correspond à ce qu’elle est.”

Stratégie de com’

Là où Florence Autret juge son nouveau site Web intéressant, c’est pour tout ce qui ne s’y trouve pas.

“Angela Merkel tait complètement son appartenance aux jeunesses communistes, par exemple. Elle ne dit rien non plus du scandale qui a déstabilisé l’ancien chancelier Helmut Kohl en 1999, à la suite duquel elle a pris ses distances avec celui qui fut son mentor et publié une lettre qui constitue en quelque sorte son acte de foi politique.”

Celle qui brigue un troisième mandat gomme toutes les aspérités de son parcours, ses ambitions et ses prises de risque. “ Elle ne veut pas paraître avide de pouvoir. Elle cherche à donner l’image de quelqu’un pour qui les choses se sont faites naturellement alors que rien n’est moins naturel que son arrivée à la chancellerie.”

Dans ses discours politiques aussi, Angela Merkel se positionne au centre, loin des tractations politiciennes. Surnommée “Mutti” (Maman) par les Allemands, elle tient à préserver son apparence rassurante.

Une bonne stratégie, pense François Heinderyckx, professeur notamment en “Analyse des discours politiques et médiatiques” à l’ULB. “On vote pour quelqu’un en qui on a confiance mais aussi pour quelqu’un d’empathique, dont on pense qu’il pourra comprendre nos problèmes” , relève-t-il.

En Allemagne, Angela Merkel n’a pas la réputation de femme froide ou rigide qu’on peut lui prêter ailleurs en Europe.

Au contraire, on lui reproche de faire trop de compromis ” , souligne Florence Autret.

A un mois des élections, elle doit en tout cas capitaliser au maximum sur ses acquis. Si son parti devance largement les sociaux-démocrates (SPD) dans les sondages, la dirigeante redoute les abstentionnistes. Elle craint aussi de ne pas pouvoir reconduire la coalition qu’elle mène avec les libéraux, en chute dans les intentions de vote.