CORRESPONDANT PERMANENT à PARIS

Oui ou non, le géant pétrolier français Total doit-il quitter la Birmanie ? Plus les jours passent, plus on s'y perd dans la position officielle de Paris.

Le Président Sarkozy, la semaine dernière, a plaidé en faveur du gel des investissements français en Birmanie et appelé Total à faire preuve de "la plus grande retenue". Mais mardi, son ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, s'est montré réservé sur l'efficacité des sanctions contre la junte, jugeant que "cela n'a pas d'effet immédiat, en général". Ce qui n'empêche pas la France de "travailler" à ces sanctions. Si elles étaient prises, "personne n'en sera exonéré", Total pas plus qu'une autre entreprise.

Auparavant, la secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme, Rama Yade, interrogée sur la question de savoir si Total servait les intérêts de la junte, avait dit ne pas penser "que l'on puisse présenter les choses comme cela". Elle avait jugé qu'un départ de Total "n'aura pas d'impact décisif". Mais n'avait pas, pour autant, rejeté le principe d'un tel retrait - "Il faut prendre les choses par étapes". Or, dans le même temps, un proche conseiller de Nicolas Sarkozy rejetait ce scénario, qualifié de "décision extrême" dont "les premières victimes seront les Birmans eux-mêmes".

Les socialistes flottent un peu aussi. Ils veulent que l'Union européenne et la France "participent aux sanctions" et sont "attentifs à l'action de Total", dont ils attendent "plus que de la retenue". Un retrait du pays, donc ? Ce n'est pas clair.

Les ONG, elles, exigent en choeur le départ de Total et critiquent l'attitude de Paris. Elles en veulent particulièrement à Bernard Kouchner. En 2003, à l'issue d'une mission express sur place (et grassement payée par le groupe pétrolier), il avait rédigé, en tant que consultant privé, un rapport sur Total qu'elles avaient accueilli avec "consternation", tant il leur semblait "une opération de relations publiques" pour la firme . Bernard Kouchner s'y prononçait contre un retrait de Total de Birmanie. Et certifiait que ce groupe n'était "pas esclavagiste", même s'il "a sûrement été maladroit, pusillanime et beaucoup trop lent à réagir contre les exactions de l'armée birmane".

Du coup, évidemment, les soupçons de "complaisance" vont bon train. En 2006 déjà, les ONG avaient vu la main du lobby pétrolier et des hauts intérêts de l'Etat dans la décision de la justice française de solder par un non-lieu les plaintes pour travail forcé déposées contre Total. A l'époque, contre l'avis du juge d'instruction et même d'une cour d'appel, le parquet avait plaidé sans relâche puis finalement obtenu ce classement sans suites. Il avait jugé que les faits d'enlèvements et de séquestrations allégués n'étaient pas caractérisés. Et qu'en droit français, la notion de travail obligatoire et sa répression ne concernaient que les actes commis pendant la Seconde Guerre mondiale.