Comment susciter l’intérêt et l’excitation après 30 ans sur la scène politique ? Ce défi ne semble pas inquiéter Hillary Clinton ni son équipe, qui ont réussi à créer la surprise (et bousculé les habitudes des New-yorkais) en organisant le premier grand meeting de campagne de la candidate sur la petite île de Roosevelt Island, au milieu de l’East River, face à Manhattan et à l’Onu.

Ses supporters (5 500, selon les organisateurs) étaient venus pour participer à “un moment historique” et soutenir celle qui, selon eux, deviendra la première femme présidente des États-Unis. Ils croient dur comme fer en leur seconde chance, huit ans après le premier échec de 2008, quand Mme Clinton a dû s’effacer face à Barack Obama.

Barre à gauche

Souvent critiquée au sein du Parti démocrate pour son centrisme, Hillary Clinton version 2016 met la barre à gauche. Elle avait choisi Roosevelt Island en hommage au président, père du New Deal et du système de protection sociale aux États-Unis. “Le président Franklin Roosevelt a servi de modèle à bien des Démocrates, l’un d’eux étant l’homme que j’ai eu l’honneur de servir, Barack Obama, l’autre mon mari, Bill Clinton”, a-t-elle déclaré, effaçant d’une phrase les rivalités de la campagne de 2008 et unissant le parti derrière elle.

Depuis l’annonce de sa candidature il y a deux mois, la candidate a rencontré des Américains en petits comités, un peu partout dans le pays. Ces séances de tête-à-tête lui ont permis d’écouter directement les revendications des électeurs et aussi de casser son image de politicienne calculatrice, froide et distante. Elle semble avoir compris le message. Alors que les inégalités économiques continuent à se creuser aux États-Unis, Mme Clinton s’est positionnée en championne de la classe moyenne et des défavorisés, assurant qu’elle se battrait pour tous les travailleurs américains – ouvriers, infirmières de nuit, camionneurs, agriculteurs, vétérans. “C’est pour eux que je suis candidate à la présidence. J’ai passé ma vie à me battre pour les familles et les enfants, je ne vais pas m’arrêter maintenant”, a-t-elle lancé, sous les applaudissements de la foule.

Elle s’est aussi attaquée à Wall Street et à l’accumulation des richesses dans les mains des super-riches. “La prospérité ne peut pas être le privilège des PDG et des patrons de fonds d’investissement. La démocratie n’appartient pas aux milliardaires ni aux multinationales. La prospérité doit être créée par tous et partagée par tous.”

Ce premier grand rassemblement public devait donner le ton de la campagne, sans pour autant entrer dans les détails. Son programme politique s’articule autour de quatre piliers : renforcer l’économie, soutenir les familles et les minorités, assainir le système de financement des campagnes politiques et protéger le pays de la menace étrangère.

Un problème d’image

Avec une bonne dose d’humour, elle a reconnu les défis qui l’attendent, notamment la question de son âge (67 ans). “Je ne suis pas la plus jeune dans cette course, mais je serai la plus jeune femme présidente des États-Unis, et la première grand-mère ! J’ai un gros avantage : vous ne verrez pas mes cheveux blanchir à la Maison-Blanche, je les ai depuis longtemps.”

Malgré un accueil chaleureux à Roosevelt Island, Hillary Clinton souffre d’un problème d’image auprès du grand public. Sa candidature a déjà été entachée par la question de ses e-mails qu’elle gardait exclusivement sur une messagerie privée alors qu’elle était chef de la diplomatie, ainsi que par des soupçons de conflit d’intérêts impliquant des donateurs de la fondation caritative Clinton. Au-delà de New York, elle devra convaincre les électeurs de l’Iowa, l’État décisif des primaires américaines où elle s’est rendue samedi soir.