International L’homosexualité y est vue comme un crime passible de mort dans les familles.

Vladimir Poutine a eu du mal à cacher son irritation quand, le 2 mai à Sotchi, Angela Merkel l’a interrogé sur le sort réservé aux homosexuels en Tchétchénie. Sa réaction était compréhensible : comment pouvait-il avouer ouvertement qu’il ne contrôle pas cette république, conduite comme bon lui semble par Ramzan Kadyrov ?

Le scandale remonte au mois de février dernier quand la police tchétchène a arrêté un drogué dont le téléphone portable contenait des images explicites quant à son orientation sexuelle et une dizaine de contacts. Une première vague de répression contre les membres de la communauté LGBT s’en est suivie. Elle a été de courte durée, mais des morts auraient été enregistrées.

La situation s’est encore aggravée quand, en mars dernier, Nikolaï Alexéev, un activiste LGBT, a appelé les membres de sa communauté à organiser une parade gay dans les quatre capitales du Caucase du Nord, excepté Grozny. Les autorités tchétchènes en ont profité pour sévir. Inutile de dire que les parades gays n’ont jamais eu lieu dans les autres capitales, tandis qu’à Grozny la prison de la ville d’Argoun a été remplie d’homosexuels (ou soupçonnés d’homophilie) dont trois au minimum sont morts. Torturés, les rescapés ont été relâchés après avoir payé une rançon ruineuse. Depuis, ils se cachent dans les villes russes ou, pour ceux qui ont eu plus de chance, en Europe.

Le journal "Novaya Gazeta", qui a rapporté ces faits en mars, n’a pas eu de contacts directs avec les victimes, mais il dispose de nombreux témoignages de parents concernés et de certains membres des forces de l’ordre tchétchènes. France 24 a diffusé des rencontres avec des victimes de ces purges.

Pas d’homosexuels

La publication de ces informations a d’abord provoqué en Tchétchénie une réaction agressive et violente. Une réunion d’imams et de leaders de l’opinion, qui a rassemblé quinze mille personnes, a promis "de punir ceux qui ont offensé notre religion et la dignité des hommes tchétchènes où qu’ils se trouvent et sans délai de prescription". Le Kremlin n’a pas réagi à cette menace ouverte, à l’adresse des journalistes également.

A son tour, le porte-parole de M. Kadyrov a commenté la publication dans les termes suivants : "Ce sont des mensonges, car des gens comme ça (NdlR, les homosexuels) n’existent pas en Tchétchénie et, même si c’était le cas, leurs parents les auraient envoyés à l’adresse dont on ne revient pas."

Heda Saratova, membre du Conseil aux droits de l’homme auprès du président de Tchétchénie, questionnée par la journaliste de "Novaya Gazeta", a rajouté une couche : "Je pense que, si un homme comme ça est tué par ses propres parents, personne n’aura rien à y redire y compris la justice de notre république. Jusqu’à présent je n’ai jamais eu de plaintes à ce sujet, mais même si c’était le cas je n’y prêterais aucune attention."