Le président turc Recep Tayyip Erdogan a commémoré jeudi la mort du fondateur de la Turquie moderne, Mustafa Kemal Atatürk, mais a souligné que l'histoire du pays plongeait ses racines bien avant la proclamation de la République en 1923.

"Nous nous opposerons à ceux qui tentent de limiter l'histoire de notre Etat et de notre nation à 90 ans. Nous devons prendre toutes sortes de mesures, y compris réexaminer les livres scolaires dès l'école primaire", a déclaré M. Erdogan.

M. Erdogan, qui multiplie les références à l'Empire ottoman depuis son arrivée au pouvoir, s'est par ailleurs lamenté de ce que la superficie actuelle du territoire turc ne reflète pas, selon lui, l'influence régionale d'Ankara.

"Nous ne pouvons pas être prisonniers de 780.000 km2", a-t-il lancé. "Nos frontières physiques sont une chose et nos frontières de coeur, une tout autre chose", a-t-il ajouté, énumérant plusieurs territoires qui appartenaient à l'Empire ottoman.

"Nos frères de Crimée, du Caucase, d'Alep, de Mossoul (...) peuvent être en dehors de nos frontières physiques, mais ils sont dans nos frontières de coeur", a déclaré M. Erdogan lors d'un discours à Ankara marquant le 78e anniversaire de la mort de Mustafa Kemal, figure tutélaire de la Turquie moderne.

A 09H05 (06H05 GMT), heure précise de la mort d'Atatürk le 10 novembre 1938, plusieurs millions de Turcs ont respecté deux minutes de silence en hommage au fondateur de la République de Turquie, tandis que des sirènes ont retenti à travers le pays.

Des milliers de visiteurs se sont rendus au mausolée construit en l'honneur d'Atatürk, à Ankara, et au palais de Dolmabahçe, à Istanbul, où s'est éteint le premier président de la Turquie moderne.

"Je suis très fière de venir à ces commémorations. J'aurais tellement aimé qu'il soit encore vivant, à nos côtés dans ces jours difficiles", a déclaré Esen Asik à l'AFP à Istanbul.

Accusé de vouloir démanteler la République laïque fondée par Atatürk, M. Erdogan a lui aussi rendu hommage à son lointain prédécesseur et a établi un parallèle entre la guerre d'indépendance (1919-1922) menée par Mustafa Kemal contre les puissances victorieuses de la Première Guerre mondiale et la lutte contre la tentative de putsch en juillet.

"Il n'y a aucune différence entre la guerre d'indépendance et la tentative de coup d'Etat du 15 juillet", a assuré M. Erdogan, "nous nous efforcerons de porter plus avant l'indépendance de la République de Turquie".