Avec un plaisir certain de provoquer ou de ruer dans les brancards, le journaliste et écrivain français évoque les critiques dont il fait l'objet, l'islam en France, le clash entre Montebourg et Barosso, les ténors politiques, mais aussi la Belgique et les démarches judiciaires de Delphine Boël. Il a rassemblé ses dernières chroniques radio dans "Le Bûcher des Vaniteux 2". Eric Zemmour est l'Invité du samedi de LaLibre.be

Souvent attaqué, vous êtes qualifié - sur internet - "d'angéliste d'extrême droite" et...
 

C'est drôle... c'est pas mal ça. (rires) Je n'avais jamais entendu cela. D'habitude, c'est moi qui accuse les autres d'être angélistes. Je pense que qui fait l'ange fait la bête. Il ne faut surtout pas être angélique. Il faut tenir compte des réalités, des rapports de force, du fait que les hommes sont méchants. Les gens qui utilisent cette expression doivent vouloir dire que je dissimule une face sombre mais que je présente bien. Je devrais le prendre comme un compliment en fait. (rires) 

On vous taxe aussi de "réac' populiste". Ça vous étonne ? Ça vous révolte ?

Il en faut plus pour me révolter. "Réac", pour moi, c'est plutôt un titre de gloire car cela veut dire que je réagis, que je suis encore vivant. Ce qu'on appelle "progrès'" est une longue descente aux enfers d'une période de décadence. Donc "réac", c'est flatteur. Quant à "populiste", c'est encore mieux. Ca vient des mouvements russes et américains de la fin du 19e siècle qui s'opposaient, d'un côté, à la puissance de Wall Street et, de l'autre, aux mouvements qui essayaient de trouver une démocratisation dans le cadre du régime tsariste, mais sans passer par le communisme. Donc ça me va très bien. D'autant que ça vient de "peuple". J'essaie d'être un porte-voix d'un peuple méprisé, dédaigné, qu'on ne cherche plus à entendre et qu'une oligarchie bien-pensante a décidé de jeter aux poubelles de l'Histoire. 

Lorsque Marine Le Pen vous soutient publiquement, cela vous dérange ? 

Pas du tout. Elle l'a fait une fois, suite à ma critique sur Christiane Taubira. J'aurais espéré que d'autres le fassent. D'ailleurs, d'autres politiques, de droite comme de gauche, m'ont dit en privé que le mauvais procès qu'on me faisait était scandaleux. Mais ils ne l'ont pas dit en public, je le regrette.

La liberté d'expression dans les médias serait-elle malmenée ? 

Il existe une idéologie dominante de bien-pensants qui veulent, non pas faire taire les opposants, mais les diaboliser, car ils estiment qu'ils sont le mal. C'est ceux que j'appelle les Torquemada du café du commerce. Ils sont dans une logique d’Inquisition et non dans une logique de débat démocratique. C'est le camp de la vertu antiraciste, féministe, progressiste et qui s'oppose aux affreux. 

Vous avez fait une chronique sur l'embrasement des banlieues suédoises. Mais d'où vient le problème des banlieues françaises ?

Ce problème est simple et il concerne deux aspects : le nombre et l'islam. Il y a trop d’immigrés venus d'Afrique du Nord et d'Afrique Noire. Et ils n'arrivent pas à s'intégrer parce qu'ils sont trop nombreux. Et donc ils vivent dans des communautés qu'ils recréent en appliquant leur propre mode de vie. Mais c'est bien normal. Si des millions de Belges s'exilaient dans un pays, ils se retrouveraient aussi. Ce n'est donc pas un reproche. Mais le problème, c'est que l'islam n'est pas uniquement une religion. C'est un mode de vie et un code civil pour tout : nourriture halal, relations entre hommes et femmes,... 

Vous parlez de 'code civil'. Vous sous-entendez que l'islam actuel n'est pas compatible avec la France, qui a son propre code civil ? 

Tout à fait. C'est pourquoi l'idéal serait de faire le travail qu'a effectué Napoléon avec le judaïsme, lorsqu'en 1807, il a fait supprimer certaines clauses qui ne correspondaient pas au code civil napoléonien. Prenons un exemple : dans l'islam, l'apostasie (ndlr: l'abandon de sa religion) est condamnée à mort. Il faudrait demander aux grands représentants de l'islam en France de supprimer cette clause, comme toutes les autres clauses qui ne correspondent pas au code français. On estime que ce que je dis est antidémocratique. Sauf que, pour moi, c'est la seule solution pour éviter un multiculturalisme qui mène aux conflits.

Vous devez être inquiet car personne dans la classe politique ne vous suit. Votre cause est perdue...

Vous avez tout à fait raison, aujourd'hui, aucun politique n'osera le faire. J'ai été très dénigré, attaqué parce que j'ai dit à la télévision que j'étais désespéré. Je sais que ma cause est perdue. Je suis lucide. Et c'est pour ça que je suis inquiet, pessimiste. Je vois comment on pouvait arrêter la catastrophe. Mais on ne l'arrêtera pas...

Une entrée en politique, pour défendre votre cause, c'est envisageable ? 

La politique c'est deux choses : l'action et le combat des idées. Le combat des idées, je le mène. L'action, j'ai l'impression qu'elle est déconnectée des idées. Et est-ce que je saurais le faire au jour le jour ? Je ne suis pas sûr. Dans la situation actuelle, j'ai donc l'impression de faire ce que je fais le mieux. 

Que pensez-vous du clash qui a opposé Barroso à Montebourg sur fond d'exception culturelle ? 

Ce clash est très intéressant. Les deux défendent des positions de principe. Barroso incarne l'idéologie de la Commission : libre-échange,  concurrence, libéralisme. Montebourg, lui, est fondamentalement protectionniste. Il y a des vainqueurs et des vaincus dans chacun des systèmes. Aujourd'hui, la France est plutôt un vaincu du libre-échange mondialisé. Montebourg s'en est rendu compte mais il est pieds et poings liés et il est condamné à faire des bulles de savon. Car le rouleau compresseur du libre-échange continue. Et ça pose un vrai problème : nous sommes doublement victimes. D'une part des Chinois pour le bas de gamme et d'autre part des Allemands pour le haut de gamme. 

Justement commençons une série de portraits par Arnaud Montebourg, vous lui prédisez une belle carrière ?

C’est d’abord quelqu’un de brillant, intelligent et habile. Simplement, le destin de ce positionnement à gauche est de ‘mourir en beauté’. C’est le même positionnement que Chevènement et Mélenchon. Ce sont les mêmes ! Ils sont pour une gauche souverainiste, étatiste et sociale qui est mort-née depuis le virage européen du PS en 1983. Ils sont condamnés à l’échec.

François Hollande, critiqué de toutes parts et très bas dans les sondages…

Sauf pour le Mali – une espèce de parenthèse miraculeuse – il est resté le Premier secrétaire du Parti socialiste. Il joue très habillement et cyniquement des oppositions entre les uns et les autres au sein de la gauche pour survivre. Ce n’est pas ce qu’on attend d’un chef d’Etat… A l’Elysée, on a troqué un agité contre un ectoplasme. Hollande donne une impression terrible de ne pas savoir quoi faire.

Jean-Marc Ayrault aurait fait un meilleur Premier ministre sous un autre président?

C’est vrai qu’une partie des défauts d’Ayrault proviennent du fait que Hollande n’est pas un président. Mais voilà, Ayrault, c’était juste un bon président de groupe à l’Assemblée. C’est tout le problème, le niveau a beaucoup baissé dans la classe politique française. Avant, on était fier de notre classe politique, qu’on pensait légitimement supérieure aux autres en Europe. Là, on s’est aligné sur toutes les autres.

Nicolas Sarkozy ?

Je le définirais par un bon mot de Jean-Louis Borloo : "Sarkozy est le seul à avoir dû se faire élire président de la république pour devenir Premier ministre". C’est très juste, il n’a pas été – lui non plus – président. Il était Premier ministre. L'absence de vrai président, c’est sans doute aussi une question de génération tellement déhiérarchisée et sans repère, qu’ils ne parviennent plus à incarner le ‘père’ de la nation, le monarque. Comme il n’y a plus de père dans les familles, il n’y en a plus à la tête de l’Etat.

L’UMP, vous la voyez comme un parti ouvert aux débats ou comme une caricature d’opportunistes qui se battent entre eux ?

Ni l’un ni l’autre. C’est un parti de notables qui a fait la fusion entre l’UDF (centre-droit) et le RPR avec un accord très simple : on prend l’idéologie centriste de l’UDF et on donne les places aux Chiraciens du RPR. Ce parti subit aujourd’hui une droitisation ou RPR-isation de son électorat qui s’amalgame – quoi qu’en disent mes amis journalistes – avec le Front national sur des questions telles que l’immigration, la sécurité, la souveraineté, l'islam,… Le seul accord, entre UDF et RPR, reste l’euro et l’Europe. Contrairement à ce qui disent les médias, cet électorat ne se droitise pas, il revient aux fondamentaux bonapartistes. Les notables qui se disent gaullistes, RPR et autres, sont devenus des centristes. Pour tenir les deux bouts de la chaîne, Sarkozy a inventé un discours pour ceux qui ne se reconnaissaient pas dans ce centrisme. Ce n’était qu’un discours, c’est pourquoi il a perdu…

Vous croyez en son retour ?


Je ne sais pas. Il y a le problème des affaires, puis, il ne pourra revenir qu’à travers un projet concret et des mesures précises. Les électeurs ne se laisseront plus abuser avec des mots ou des formules comme en 2007.

Vous avez un regard particulier sur la Belgique...


Très particulier ! Pour moi, nostalgique de l’Empire napoléonien, la Belgique n’existe pas ! C’est un des départements de la grande France de mes rêves enfouis. C’est la preuve de la défaite française, à l’instar de la RDA pour l’Allemagne. Par cette image de RDA française, les Belges se sont sentis insultés. Mon objectif n’était pas de stigmatiser une zone peu développée ou communiste, mais seulement le fait que c’est une preuve de défaite pour la France. Mon intention était géostratégique. A mes yeux, la Belgique avait vocation à être englobée dans la grande France. Je vais en faire hurler, mais les Flamands étaient voués à tous parler français. En l’absence de ce destin en France, ils sont revenus à leur caractère flamand, par crainte de dislocation et de perte d’autonomie au sein de l’Europe. A côté de cela, je pense qu’il y a un mouvement anti-immigration dans ce mouvement flamand. Ils pensent qu’un retour à un caractère flamand fort pourrait les protéger face à une immigration massive que subissent la Belgique et la France actuellement.

Dans l’actualité belge de la semaine : Delphine Boël a fait appel à la justice pour que le roi Albert II reconnaisse sa paternité.

Je suis outré et scandalisé qu’on oblige un homme – quel qu’il soit – à reconnaître un enfant. Il fait ce qu’il veut ! Sinon, c’est la porte ouverte à tous les abus, à tous les enfants dans le dos.

Mais les enfants ont tout de même le droit d’être reconnu. C'est légitime, non?

Ben… NON ! Quel droit ? C’est marrant de dire ça !

Votre réponse est marrante aussi… Vous avez peut-être un enfant caché ? (rires)

Oh non ! (rires)… jusqu’à preuve du contraire.

Les enfants ont des droits et sont protégés, la loi prévoit par exemple qu’un parent ne puisse pas totalement déshériter ses enfants.

Je suis contre toutes les évolutions depuis 40 ans qui ont égalisé les statuts des enfants naturels et des enfants légitimes. Ce fût une erreur majeure, alors que l’on nous vend cela comme un prétendu progrès de ces dernières décennies. Pour moi, c’est une catastrophe. Pourquoi un enfant naturel aurait-il un droit sur un homme qui n’a pas voulu de cet enfant ? On est ici dans une logique terrifiante…

Dans une autre logique, les hommes doivent assumer leurs actes et responsabilités.

Mais il n’a pas forcément voulu faire un enfant.

Pour terminer, nombreux sont ceux qui voient encore en vous un chroniqueur du samedi soir chez Ruquier. Que pensez-vous de vos successeurs ?

Je ne sais pas. Je ne regarde pas, tout comme je ne regardais pas non plus quand j’y étais. Je les ai affrontés deux fois. Disons qu’avec Natacha Poloni, on est d’accord sur le fond à 90% - même si on ne le fait pas de la même façon – et avec Aymeric Caron je suis vraiment en désaccord radical sur la plupart des sujets. Difficile d’avoir un jugement.

Certaines personnalités vous en veulent encore aujourd’hui de la manière avec laquelle vous les avez accueillies ?


Oui, j’ai des échos en ce sens… mais je ne donnerai pas de noms. Ils ont tort d’ailleurs, je n’ai jamais eu d’animosité personnelle, c’était un affrontement uniquement idéologique !

Entretien : Dorian de Meeûs &  Jonas Legge