La justice a fini d'identifier les corps des 78 personnes tuées dans l'accident de train de mercredi à Saint-Jacques de Compostelle, a annoncé samedi le tribunal régional de Galice. Le tribunal a confirmé samedi qu'un Français, dont l'identité n'a pas été révélée, se trouvait parmi les personnes tuées. Sept autres victimes étrangères avaient déjà été signalées, venant du Venezuela, d'Algérie, des Etats-Unis, du Brésil, du Mexique, de République dominicaine et d'Italie. "Les trois victimes de l'accident qui manquaient ont été officiellement identifiées. Parmi elles se trouve un Français. Plus aucune famille n'attend d'identification", indique le tribunal dans un communiqué.

Sur les 178 personnes blessées dans l'accident, 71 étaient toujours à l'hôpital samedi, dont 31 dans un état grave.

Les autorités locales devaient commencer samedi soir à remettre aux familles les affaires des victimes récupérées sur les lieux de l'accident.

Saint-Jacques de Compostelle rendra hommage lundi soir aux victimes de la catastrophe lors d'une cérémonie dans la cathédrale de la ville, un lieu de pélerinage mondialement célèbre.

Le conducteur du train, qui se trouve en garde à vue depuis jeudi, est accusé d'"homicide par imprudence" et doit être présenté dimanche à un juge. Le train avait déraillé mercredi soir à quatre kilomètres de Saint-Jacques de Compostelle, alors qu'il abordait à une vitesse excessive une courbe limitée à 80 km/h, pour des raisons qui ne sont pas connues.

Deux enquêtes, l'une judiciaire et l'autre administrative, ont été ouvertes.


Recueillement et émotions sur les lieux de la catastrophe ferroviaire

Emus aux larmes, se recueillant en silence ou simples curieux, les habitants de Saint-Jacques de Compostelle et de toute la région de Galice, dans le nord-ouest de l'Espagne, défilaient samedi sur les lieux de la catastrophe ferroviaire.

"Je pensais que tout avait été dégagé, ça me donne des frissons: c'est atroce de penser à tout ce qu'il s'est passé ici pendant cette nuit si terrible", mercredi, témoignait Celia Rosende, désignant au loin la locomotive au nez allongé et au pare-brise éventré qui gît encore sur les voies.

Cette employée de l'université de Saint-Jacques s'est arrêtée sur les lieux avec son époux et un couple d'amis, en se rendant dans le centre-ville. Sa mère, âgée de 81 ans, est restée dans la voiture : "Elle préfère ne pas voir ça", confiait-elle.

Couples, groupes d'amis, familles avec enfants : le défilé est constant depuis jeudi sur le petit pont qui surplombe les voies ferrées à l'entrée de la cité et où quatre bouquets ont été déposés.

"Nous sommes un petit peuple de gens admirables", pouvait-on lire sur le mot accroché à l'un d'eux. Un hommage aux habitants du hameau d'Angrois, où a eu lieu l'accident et qui les premiers ont porté secours aux victimes.

En suivant un chemin, les passants peuvent s'approcher jusqu'à surplomber directement la locomotive. Là aussi, quelques bouquets ont été accrochés au grillage.

En contrebas, un morceau d'une des voitures du train accidenté avait été hissé samedi sur un train de marchandises garé à ses côtés. Derrière, protégée par des cordons de police, l'énorme grue qui a permis de dégager les voies était toujours là, immobile.

"C'est horrible, horrible", murmurait Maria Lourdes Torreira, âgée de 56 ans, les larmes aux yeux.

"Si j'étais arrivée sur place et si je m'étais retrouvée face aux gens éparpillés sur les voies, je crois que je ne l'aurais pas supporté. Il faut être très courageux pour venir ici et risquer sa vie pour aider", ajoutait-elle.

Une averse vient assombrir davantage encore les lieux et un couple de trentenaires cherche en silence à s'abriter. Manifestement affectés, ils expliquent travailler ensemble dans une entreprise de pompes funèbres et refusent pour cela de donner leurs noms. Ils ont reçu les premiers appels mercredi soir, pour travailler sans arrêt "jusqu'à hier soir", vendredi, explique la jeune femme, laconique.

"Nous n'avons pas encore assimilé", ajoute-t-elle, avant que le couple ne reparte, main dans la main.