Le conducteur du train, dont le déraillement a fait 78 morts mercredi à Saint-Jacques de Compostelle, dans le nord de l'Espagne, a refusé de répondre vendredi aux questions des enquêteurs qui voulaient l'interroger à l'hôpital, a annoncé la police.

Le conducteur, qui a été placé en garde à vue pour "imprudence", "a refusé de répondre à la police" et sera "présenté à un juge le plus tôt possible", a déclaré une porte-parole de la police. 

"J'ai merdé. Je veux mourir"

L'enquête sur l'accident de train qui a fait 80 morts mercredi à Saint-Jacques de Compostelle, dans le nord-ouest de l'Espagne, se concentrait vendredi sur le conducteur et sur de possibles lacunes dans le système de freinage. Le train, qui roulait beaucoup trop vite à l'entrée d'un courbe dangereuse, "a freiné trop tard", titrait vendredi le journal El Pais, l'enquête semblant s'orienter vers une possible insuffisance du système de freinage. Le train "roulait à grande vitesse sur un tronçon sans sécurité pour la grande vitesse", écrivait lui aussi El Mundo.

L'accident s'est produit mercredi à 20H42 alors que le train venant de Madrid abordait un virage très serré, appelé A Grandeira, à environ quatre kilomètres de la gare de Saint-Jacques de Compostelle. Le convoi, un train traditionnel, circulait à ce moment-là sur une ligne à grande vitesse, mais sur un tronçon où la vitesse est limitée à 80 kilomètres heure.

"Les systèmes d'alerte de la voie ferrée ont sauté en repérant que Francisco José Garzon Amo (notre photo), le chauffeur du train Alvia, circulait à 190 kilomètres heure alors qu'il n'aurait pas dû dépasser les 80", écrivait vendredi El Pais, qui avait la veille révélé des extraits d'une conversation par radio entre le chauffeur et la gare juste avant et après l'accident.

Une brève vidéo diffusée jeudi par un média internet a montré un train fou surgissant à grande vitesse sur la voie à l'entrée de la courbe, puis sortant des rails et se couchant sur le côté. "L'alarme, comme l'a reconnu le conducteur lui-même, s'est allumée sur le tableau de bord et il a essayé de freiner, sans pouvoir empêcher la tragédie", ajoute le journal.

Le conducteur : "Je devais aller à 80 et je vais à 190"

Le conducteur du train qui a déraillé mercredi soir à Saint-Jacques de Compostelle, dans le nord-ouest de l'Espagne, faisant 80 morts, a été "placé en garde à vue", a indiqué vendredi le chef de la police de Galice. "Il est en garde à vue depuis hier 20H00 (18H00 GMT)", a déclaré Jaime Iglesias en conférence de presse, "on lui reproche des délits liés à l'accident", mais "il n'a pas encore été entendu", ce qui "sera fait très prochainement".

D'après le quotidien espagnol El Mundo,  Francisco José Garzón Amo, le conducteur du train a déclaré "j'ai merdé, je veux mourir". C'est ce qui ressort des retranscriptions des conversations entre le chauffeur, la centrale et les urgences suite à l'accident.

Le conducteur, âgé de 52 ans, travaille depuis 30 ans à la Renfe, la compagnie publique des chemins de fer espagnols, et depuis 2000 comme conducteur. Légèrement blessé dans l'accident, l'homme a été placé sous surveillance policière à l'hôpital et doit être entendu par les enquêteurs.

"Je devais aller à 80 et je vais à 190", a lancé le chauffeur, selon l'enregistrement de cette liaison radio qui, selon El Pais, a été transmise au juge chargé de l'enquête. Plusieurs médias ont publié des captures d'écran de la page Facebook du chauffeur, prises avant que celle-ci ne soit désactivée jeudi matin.

En fin d'après-midi, on apprenait qu'il refusait de répondre aux questions des enquêteurs. Il sera "présenté à un juge le plus tôt possible", a déclaré à l'AFP une porte-parole de la police.

Y apparaissait par exemple une photo prise en mars 2012 par Francisco José Garzon, où l'on voyait un compteur affichant 200 kilomètres heure et des commentaires où il se vantait de conduire à cette vitesse. La voie empruntée par le train, en raison du passage régulier de TGV, est équipée d'un système de contrôle automatique de la vitesse, baptisé ERTMS. Mais celui-ci "n'est pas installé" à cet endroit précis, avait expliqué jeudi Juan Jesus Garcia Fraile, secrétaire général du syndicat espagnol des conducteurs de train.

La police a compté 78 corps, dont 72 identifiés

La police espagnole a annoncé vendredi avoir dénombré 78 corps de personnes tuées dans l'accident de train de Saint-Jacques de Compostelle, dont 72 ont été identifiés, alors que le bilan officiel s'élevait jusqu'à présent à 80 morts.

Parmi les corps identifiés, figurent ceux de trois étrangers, un Algérien, un Mexicain et un Américain, a déclaré à la presse Antonio del Amo, responsable de la coordination de la police scientifique. "Pour le moment le chiffre est de 78 cadavres, 72 ont été identifiés et six doivent encore l'être", a expliqué le chef de la police de Galice, Jaime Iglesias, lors d'une conférence de presse, parlant aussi de "restes humains" qui rendent compliqué le travail de la police scientifique.

"Nous avons des corps déchiquetés, mais pas de corps brûlés", a ajouté le chef de la police, estimant que l'identification des derniers corps pourrait prendre du temps. Vendredi matin, 83 blessés étaient toujours hospitalisés, dont 32 dans un état grave. Le train qui venait de Madrid a déraillé mercredi soir à quatre kilomètres de la gare de Saint-Jacques de Compostelle, alors qu'il roulait à une vitesse excessive sur un tronçon limité à 80 kilomètres heure.

Le chauffeur du train, âgé de 52 ans, légèrement blessé dans l'accident et hospitalisé, a été interpellé jeudi pour "imprudence" et placé en garde à vue, a annoncé vendredi la police.