Plusieurs milliers de personnes ont défilé dimanche dans les rues de Madrid à l'occasion du cinquième anniversaire de la naissance dans cette ville du mouvement des "Indignés" pour dénoncer une classe politique coupée des réalités de l'Espagne, la corruption et l'austérité.

Issue de plusieurs plateformes ayant nourri le mouvement des "Indignés" qui a vu le jour le 15 mai 2011, notamment la PAH (association opposée aux expulsions) et des assemblées de quartier, la foule a marché au son des tambours, entre des banderoles proclamant : "Indignés, unis ou vaincus", "Chômeurs en marche" ou "Union européenne des peuples, pas des nations".

A Madrid, l'anniversaire de ce mouvement a également été célébré toute la journée par des rassemblements sur la place de la Puerta del Sol, dans le centre-ville, où des milliers de personnes étaient encore massées dans la soirée, pour des assemblées semblables à celles qui les avaient réunies cinq ans plus tôt.

En mai 2011, elles avaient occupé cette place pendant des semaines.

Dimanche soir, la foule renouait avec la tradition du "micro ouvert", chacun ayant droit de s'exprimer à tour de rôle.

"C'est bien de manifester, mais ce n'est pas la solution", a dit un jeune homme à l'assemblée peu avant la tombée de la nuit.

"Nous sommes ici pour revendiquer le 15-M (15 mai), je l'ai vécu avec une grande intensité, je vivais presque à Sol", a raconté à l'AFP Asun Lasaosa, une éditrice de 55 ans. "Mais cette fois, c'est un peu plus la fête", a-t-elle confié.

"Il y a cinq ans, nous sommes venus ici et ça a été un moment très émouvant de réveil, d'union, de collectif", témoignait Paola Weil, institutrice par intérim de 35 ans.

Le "15-M", pour désigner le premier jour d'une mobilisation qui allait devenir le mouvement des "Indignés", "est un mouvement de ceux d'en bas", se félicitait aussi Lorenzo Higueras, documentaliste de 52 ans. Avant, "nous n'avions pas conscience de ce que nous étions : capables de penser et d'agir", a-t-il dit.

Ce fut "le réveil de citoyens qui souffraient depuis des années en privé, comme s'il s'agissait de douleurs ou de responsabilités individuelles, des effets d'une crise dévastatrice", a quant à elle écrit dans le journal El Pais Rita Maestre, porte-parole de la mairie de Madrid, dirigée depuis 2015 par une plateforme citoyenne en partie composée d'"Indignés".

A partir de 2008, plus de deux millions d'Espagnols ont perdu leur emploi en raison de la crise économique, tandis que le gouvernement socialiste, puis les conservateurs élus en novembre 2011, mettaient en oeuvre des politiques d'austérité, notamment en matière de santé et d'éducation.

Pour une partie de la droite, il ne s'agissait que de manifestants "opposés au système" et dénonçant la politique de rigueur.

Mais le mouvement, qui réclamait aussi une régénération démocratique, fut à l'origine de la naissance de Podemos, créé par un groupe d'universitaires en janvier 2014.

Aux législatives de décembre, les électeurs ont sévèrement sanctionné les partis traditionnels, faisant émerger deux nouveaux partis : Podemos, troisième force politique, et Ciudadanos, d'orientation centriste libérale.

Le parlement fragmenté n'a cependant pas été en mesure, depuis décembre, d'investir un nouveau gouvernement et de nouvelles élections seront organisées le 26 juin.