Juillet 2010. Alicia Sánchez-Camacho, députée et principale adversaire des nationalistes au Parlement de Catalogne, dîne avec María Victoria Alvarez, ex-petite amie de Jordi Pujol, un des fils du dirigeant historique du nationalisme catalan, qui porte le même nom que son père. Assises à une table de La Camarga, un restaurant chic de Barcelone, les deux dames remercient un "employé" qui vient de leur apporter un bouquet de fleurs, " offert par le restaurant" , selon lui. En réalité, l’homme travaille pour Método 3, une agence de détectives privés. Et le bouquet cache un micro.

La conversation des deux dames tournait autour de possibles délits secrets de Jordi Pujol et de son frère Oriol, accusés de blanchiment d’argent et de contrôle trouble des marchés d’inspection technique obligatoire des véhicules.

Comme Sam Spade

Mercredi dernier, Sánchez-Camacho, proche du Premier ministre conservateur Mariano Rajoy, a porté plainte contre Método 3, mais aussi contre un dirigeant du PSC (socialistes catalans), l’accusant d’être à l’origine de l’enregistrement illégal. On suspecte Método 3 d’avoir disposé d’un système d’enregistrement permanent à La Camarga.

Car toute la classe politique passait par là. A la manière d’un Sam Spade hollywoodien, Método 3 semble avoir travaillé pour tous : nationalistes catalans, Parti populaire, PSC, peut-être d’autres. Surtout en Catalogne, mais aussi ailleurs.

Le PP voit la main du PSC et des nationalistes dans ces méthodes illégales. Les nationalistes, à leur tour, rejettent les accusations de corruption et dénoncent un complot contre la cause de l’indépendance catalane. Alfredo Rubalcaba, chef de l’opposition socialiste, juge " l’espionnage politique répugnant, tant à Barcelone qu’à Madrid" . Il vient de publier les détails de sa déclaration d’impôts, pour imiter Mariano Rajoy, qui l’avait fait pour se défendre d’affaires de corruption touchant son parti et une de ses ministres.

La Catalogne plus propre ?

Durant un temps, on avait cru que la Catalogne était un peu plus "propre" que le reste de l’Espagne. C’est fini. Deux bourgmestres catalans, l’un socialiste, l’autre nationaliste, sont sous les coups de la justice, impliqués dans des cas graves, différents, de corruption. De vieilles histoires impliquent des nationalistes dans des délits de financement illégal et détournement de fonds. Un autre bourgmestre de Catalogne (lui aussi nationaliste) fait l’objet d’une enquête pour de présumés liens avec des mafieux russes.

Certains scandales catalans ont des liens avec ceux de Galice, Valence ou Madrid. L’opinion est écœurée et c’est un véritable tsunami anticorruption qui s’est levé.

Método 3 aurait monté environ 500 dossiers sensibles, à la demande des uns et des autres. Dans certaines occasions, la demande venait de personnalités rivales à l’intérieur de la même formation, comme dans le cas du PP madrilène. Certains, menacés par les dossiers détenus par leurs ennemis, auraient demandé eux-mêmes l’assistance de Método 3. Selon "El País", 20 000 rapports accumulés pendant des années sont maintenant à la disposition des autorités.

Un employé non payé

Método 3 n’existe plus et un de ses experts, ancien policier, aurait délivré toutes ces archives à la police parce qu’il n’avait pas été payé.

Le ministre de l’Intérieur a promis une vaste enquête et un travail "de fond" pour établir la vérité sur ce qui semble être un espionnage massif et multipolaire.

Mais quand le vrai/faux employé du restaurant barcelonais a déposé les fleurs sur la table d’Alicia Sánchez-Camacho et María Victoria Alvarez, personne n’a remarqué que leur table était la seule du restaurant à disposer de cet ornement