Et maintenant que les pays membres de l'Organisation mondiale du commerce ont échoué à trouver un accord sur la redéfinition des échanges mondiaux, qu'est-ce qu'on fait ?

"Ne revenons pas en arrière et capitalisons sur 85 pc de ce qui a été fait", a plaidé mercredi le directeur de l'OMC, Pascal Lamy, au lendemain de l'échec qui a sanctionné neuf âpres journées de négociations, à Genève. Lancé en 2001, le cycle de négociations de Doha - qui avait pour objectif d'ouvrir les marchés intérieurs des 153 membres de l'organisation dans les domaines agricoles, industriels et des services - risque de plonger dans le coma pour un petit moment. L'élection présidentielle américaine, l'approche de la fin du mandat de Pascal Lamy (qui expirera l'an prochain) et, dans une moindre mesure, les élections européennes de 2009, vont vraisemblablement geler le processus.

Il faudra aussi, comme l'a précisé Lamy "laisser retomber un peu de poussière", avant que s'effacent les rancoeurs nées au fil des négociations. Les Etats-Unis et l'Inde s'accusent mutuellement d'avoir fait capoter la réunion sur la question de la clause de sauvegarde qui permettrait aux pays en voie de développement (PVD) de relever leurs barrières tarifaires pour protéger leurs agriculteurs de pics d'importation ou de baisse de prix. Chinois et Africains blâment les Américains pour avoir refusé de discuter du coton. Les pays Afrique-Caraïbes-Pacifique n'ont pas digéré que l'Union européenne et les pays latino-américains se passent de leur accord pour signer l'armistice (fragilisée par l'échec de la réunion) dans le conflit de la banane. Enfin, nul doute que la manière dont le Français Sarkozy - entraînant sept Etats membres de l'UE dans son sillage - a torpillé le travail du commissaire au Commerce Peter Mandelson provoquera de vifs débats entre les Vingt-sept.

Remise en cause

Le crash genevois ne remet pas fondamentalement en cause l'OMC qui, plus que jamais, restera le lieu où s'arbitreront les litiges commerciaux qui auraient pu être effacés par la conclusion d'un accord. Le nouveau coup d'arrêt du cycle de Doha ouvre cependant une période d'incertitude où, faute de compromis multilatéral, certains seront tentés par la voie bilatérale. Le Brésil a ainsi annoncé qu'il entendait conclure en solo des accords avec des partenaires internationaux, dont l'Europe. "Ce principe a déjà été mis en oeuvre après l'échec de la réunion de Cancun en 2003", explique Arnaud Zacharie, secrétaire général du Centre national de coopération au développement. "Ce n'est pas une méthode qui avantage les PVD, parce qu'en bilatérales, le rapport de force est encore plus important".

De Pékin à Washington, en passant par Bruxelles, les pays africains, Delhi ou Tokyo, chacun, ou presque, se dit déçu par le résultat final. Reste que le statu quo n'aura pas les mêmes conséquences pour tout le monde.

Les marchés des pays émergents resteront peu perméables à la concurrence des industries des pays développés, tandis que ces derniers pourront maintenir les subventions accordées à leurs exploitants agricoles. Les pays les plus pauvres sont finalement "les dindons de la farce", regrette le CNCD. Exit, momentanément du moins, la promesse des pays industrialisés de supprimer les droits de douanes pour 97 pc de leurs produits. "Les règles inéquitables fixées par l'Uruguay round (le précédent cycle de négociations NdlR) seront toujours d'application, alors que ce dont ils ont besoin, c'est d'un traitement spécial et différencié" déplore Arnaud Zacharie. "Il faut davantage de régulation pour assurer la souveraineté alimentaire de ces pays". Et d'espérer : "Peut-être les échecs répétés du cycle de Doha aboutiront à une remise en cause de ce principe de libéralisation tous azimuts".