Pour l’occasion, Cecilia exhibe son plus beau sourire. Et tant pis s’il subsiste quelques doutes sur la méthode employée pour collecter son million de websignatures. “Nous avons vérifié chacune des adresses e-mail”, assure Cecilia Malmström.

Jeudi, la pugnace eurodéputée suédoise est venue raconter comment, lundi dernier à 14h15, le compteur de la pétition visant à “réformer le Parlement européen” (entendez, déplacer le siège de Strasbourg vers Bruxelles) a atteint le million de signataires. “J’ai été surprise par la cadence de cette campagne qui réclame un fonctionnement démocratique et transparent des institutions européennes”, ajoute Cecilia Malmström.

Rappel, les coûts de la navette entre Bruxelles et Strasbourg sont estimés à quelque 200 millions d’euros par an. 125 982 personnes ont endossé la pétition en Belgique, ce qui en fait le troisième contributeur le plus important du projet, derrière les Pays-Bas (plus de 400 000 signatures) et la Suède. Mais rien n’est joué cependant : jeudi, la Commission européenne s’est contentée de botter en touche.

Et d’indiquer qu’elle transmettrait la patate chaude aux chefs d’Etat et de gouvernement européens, véritables maîtres du dossier. “En position délicate”

Soit, relève Jean-Luc Dehaene, celui qui négocia à Edimbourg en 1992 l’accord qui fixa le siège de l’Europarlement à Strasbourg : “Je me sens toujours dans une position délicate lorsqu’il s’agit de remettre en cause un accord que j’ai moi-même négocié” comme Premier ministre belge. A l’époque, “accepter de tenir des réunions du Parlement européen à Strasbourg, c’était la seule manière de consolider la présence des institutions européennes à Bruxelles”, se souvient le social-chrétien flamand. Et “je n’ai jamais signé un texte qui remettait cet accord en cause, répond Jean-Luc Dehaene à l’heure de se prononcer sur la pétition. Il est clair que l’opinion publique est maintenant en majorité contre ces navettes entre Bruxelles et Strasbourg. C’est peu pratique. Tout le monde veut un seul siège mais il faut tenir compte des réalités politiques.” “Ce qu’il faut rechercher, poursuit Jean-Luc Dehaene, c’est l’équité dans les compensations données à Strasbourg. Et, de ce point de vue-là, je ne vois qu’une seule proposition valable : je pense qu’on pourrait envisager de transférer toutes les réunions du Conseil européen à Strasbourg.

La Belgique les a reçues lors du sommet de Nice (en 2000, NdlR) mais nous n’étions pas vraiment demandeurs. Ce serait une base de compromis acceptable et valable”, termine Jean-Luc Dehaene. “Ce serait plus simple”

“Je comprends les citoyens européens qui ont signé cette pétition, confie le commissaire européen Louis Michel. Mais il faut tenir compte que la localisation des institutions est le résultat d’un compromis politique et c’est donc un sujet très sensi ble. Sur un plan pratique, ajoute encore le commissaire Michel, avoir un siège unique rendrait les choses plus simples. Mais, pour le reste, il appartient aux Etats membres de se prononcer”.

“Je n’ai pas signé la pétition même si j’en défends le principe, relève l’eurodéputé vert Pierre Jonckheer. La démarche est positive surtout si elle nous permet de faire pression sur nos partenaires institutionnels.” Rayon compensations accordées à la ville de Strasbourg, Pierre Jonckheer verrait bien “un pôle éducatif universitaire : les locaux s’y prêtent magnifiquement, dit-il. Et, au moins, seraient-ils occupés en permanence”. Quant à Alain Hutchinson, europarlementaire socialiste, il n’a pas, non plus, souscrit à la pétition : “Mais je suis bien entendu favorable à un siège unique”, commente-t-il. “Ce gaspillage scandaleux des deniers publics est intolérable, je suis favorable à un siège unique du Parlement à condition que celui-ci soit à Bruxelles. Je ne vais pas aller me bagarrer pour un siège unique si celui-ci échoue à Strasbourg.”