Recep Tayyip Erdogan a décrété mercredi l'état d'urgence pour trois mois en Turquie. Le président a comparé la situation de son pays à celle de la France après les attentats du 13 novembre.

Face au drame, le président français François Hollande avait lui aussi pris la décision d'instaurer un état d'exception.

Mais la comparaison pose question : les situations des deux pays sont-elles comparables?


état d'urgence
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En France, une législation d'exception qui restreint certaines libertés.

L'état d'urgence a été introduit en France en 1955, en pleine guerre d'Algérie. Il limite la liberté de réunion : tout "rassemblements de personnes sur la voie publique peuvent être interdits dès lors que l’autorité administrative justifie ne pas être en mesure d’en assurer la sécurité ". Les autorités peuvent également fermer des "lieux de réunions de toute nature".

La législation permet de restreindre la circulation de certains individus sur certains territoires, et même de les assigner à résidence dès lors qu' "il existe des raisons sérieuses de penser que leur comportement constitue une menace pour la sécurité et l'ordre public" (article 6). Il autorise l'administration à mener des perquisitions à toute heure du jour et de la nuit sans autorisation préalable d'un juge (article 11).


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En Turquie, une législation peu détaillée qui laisse une grande latitude au gouvernement

La Constitution turque de 1982 dit, elle, peu de choses sur l'état d'urgence. Son article 15 précise simplement que "l'exercice de droits fondamentaux et de libertés, peut être partiellement ou entièrement suspendu" pendant sa durée. Seuls les "droits à l'intégrité physique et morale, la liberté de religion, de conscience et de pensée" ne peuvent être remis en cause.

L'article 19 de la Constitution autorise l'administration à rallonger des gardes à vues, sans préciser la durée de ces prolongations. L'état d'urgence permet surtout au gouvernement de publier des décrets ayant force de loi et publiés directement au journal officiel.

Un contexte dangereux en Turquie

L'état d'urgence en Turquie inquiète de nombreux spécialistes du pays. "Il rappelle de mauvais souvenirs : la dernière fois qu'il a été utilisé, lorsque la junte militaire était au pouvoir, la dictature s'est rapidement installée", explique Samim Akgönül, spécialiste du pays à l'université de Strasbourg.

Des craintes qui ont été amplifiées par la décision du pays de suspendre sa participation à la Convention Européenne des Droits de l'Homme. Une démarche similaire a été prise par...la France après le 13 novembre. Mais pour Samim Akgönül la comparaison s'arrête là.

"Les institutions démocratiques sont plus solides en France, même si il y a des abus et des risques. En Turquie, en ce moment tout le monde vit dans la peur : des dizaines de millliers de fonctionnaires sont arrêtés et l'opposition est réduite au silence", précise le chercheur. Depuis le coup d'état manqué, plus de 55 000 personnes ont été arrêtées, gardées à vue ou limogées dans une "purge" qui touche tout les secteurs de l'administration turque.