Les 9 favoris au sacre de pape

Le monde entier scrute le ciel romain. Les cardinaux ont terminé leurs congrégations générales. Les 115 électeurs entrent en conclave cet après-midi. La désignation du nouveau pape est très ouverte.

Christian Laporte
Les 9 favoris au sacre de pape
©afp

Qui sortira Pape du conclave ? Seul Dieu le sait ! Dans les milieux romains, on souligne certes toujours le rôle prégnant du Saint-Esprit, mais c’est une élection finalement très humaine dans laquelle interviennent moult facteurs. En principe, tout catholique (mâle et baptisé) peut le devenir mais devra être consacré auparavant. Dans les faits, c’est évidemment un des 115 électeurs qui troquera sa calotte rouge contre une calotte immaculée.

Nous avons sélectionné ci-contre 9 favoris très souvent cités. Mais il en est d’autres. Citons les Italiens Mauro Piacenza et Angelo Bagnasco. Ou encore l’Argentin Jorge Bergoglio, qu’une rumeur a fait en 2005 le "Poulidor" de Josef Ratzinger selon des confidences anonymes d’après-conclave. L’Afrique encore pourrait provoquer la surprise avec le Sud-Africain Napier, le Ghanéen Turkson ou le Guinéen Sarah. Enfin, du côté de l’Asie, on pense au Philippin Tagle ou au Sri-Lankais Albert Ranjith.

Les 9 favoris...

1. Timothy Dolan (États-Unis)

Les années 2009 et 2010 furent des années vraiment charnières car cet archevêque de Milwaukee "monta" à New York puis devint président de la Conférence épiscopale des Etats-Unis. Une question de charisme sans aucun doute, dont le moindre n’est pas de savoir parler aux médias. Utile pour prendre le contre-pied du président Obama lorsque ce dernier décida de réformer l’assurance-santé dans un sens pas nécessairement apprécié des catholiques. Mais l’homme se double d’un diplomate très malin car il assista à la fois aux conventions démocrate et républicaine avant le scrutin présidentiel de novembre dernier. Ajoutons à cela que, sur le plan de la lutte contre la pédophilie, il joua pleinement la carte de la clarté, contrairement à son prédécesseur qui avait tenté d’acheter une de ses victimes ! Historien de l’Eglise, ce cardinal très strict sur la doctrine n’a jamais tourné autour du pot avec les médias et utilise lui-même avec un certain talent les réseaux sociaux. Bref, un conservateur qui aime la modernité.

2. Marc Ouellet (Canada)

Nul n’est prophète en son pays : au Québec, les catholiques sont critiques à son égard pour être passé à côté de la gestion de la crise des clercs pédophiles. Mais l’(ex-) primat du Canada et (ex-) archevêque de Québec est redevenu (très) romain depuis trois ans, appelé au Vatican par Benoît XVI à la tête de la Congrégation des évêques, un poste clé s’il en est, dont dépendent les nominations de tous les prélats "nationaux". Une désignation qui a fait de lui un conseiller proche du Pape émérite dont on dit qu’il l’aurait bien vu à sa place en 2005 ! Ratzingérien "pur jus", le cardinal Ouellet collabora avec l’ancien Pape à la revue "Communio" et incarne la ligne la plus classique - jusqu’à l’amour du grégorien - ce qui l’amena aussi à rejoindre la Congrégation pour la doctrine de la foi. Il peut émerger comme candidat de compromis si d’aventure le conclave ne parvenait pas à départager les favoris incontestés. Le cardinal québécois est aussi apprécié par les hiérarchies des Eglises latino-américaines car il fut professeur au Séminaire de Bogota.

3. Angelo Scola (Italie)

Si l’élection du pape dépendait de ses états de service antérieurs, Angelo Scola, l’archevêque de Milan, le plus grand diocèse du monde, qui fut aussi patriarche de Venise, aurait toutes ses chances de succéder à Benoît XVI car, au XXe siècle, cinq papes en eurent de semblables. Mais si on le retrouvait prochainement en soutane blanche, ce serait surtout parce que ce théologien, qui est sans doute moins à l’aise sur le terrain, apparaît aux yeux de nombre de cardinaux comme une vraie alternative à un pape curial. Scola eut ce qu’on appelle une vocation tardive, n’étant devenu prêtre qu’à 29 ans. Il fut aussi très proche de Don Giussani, le charismatique fondateur du mouvement ecclésial Communion et Libération qui réunit des prêtres et des laïques. Et qui entend rapprocher les jeunes du christianisme. Ce compagnonnage pourrait toutefois jouer contre lui, mais il n’en a pas moins ses entrées à tous les étages de la société italienne. Y compris chez Berlusconi, à qui il donna, ou tenta en tout cas de donner, des cours d’éthique !

4. Gianfranco Ravasi (Italie)

Nommé en 2007 par Benoît XVI à la tête du Conseil pontifical de la Culture, cet exégète hébraïsant, qui a écrit une cinquantaine de livres, a le sens des médias, ce qui a fait de lui un participant apprécié des émissions religieuses. Mais ce prélat était aussi très bien vu par Benoît XVI. Alors que le Pape venait d’annoncer sa démission, c’est lui qui prêcha les Exercices de Carême, n’hésitant pas à secouer ses collègues en évoquant la lettre de parents révoltés d’un bébé qui allait mourir. Le cardinal Ravasi osa l’hypothèse que Dieu entendrait mieux leur cri que certaines prières de la messe du dimanche. Benoît XVI eut alors une phrase qu’on a retournée depuis lors dans tous les sens : "le Seigneur saura vous récompenser pour ce travail, que vous avez mené de façon brillante". Quoi qu’il en soit, Mgr Ravasi est aussi un "jeteur de ponts" : c’est lui qui lança le Parvis des Gentils, qui vise à amener croyants et non-croyants à entrer en dialogue.

5. Peter Erdö (Hongrie)

Grosse tête intellectuelle, spécialisé en droit canon et en Histoire médiévale, le cardinal Erdö pourrait réconcilier des courants trop marqués. Cet archevêque de Budapest a en tout cas montré qu’il pouvait répondre aux défis difficiles lorsqu’avec les archevêques de Paris, Lisbonne, Vienne et Bruxelles, il organisa aussi sur les bords du Danube un grand rassemblement sous le signe de la nouvelle évangélisation. Dans une Europe succombant à la sécularisation, on apprécia son dynamisme, ce qui l’amena ensuite à présider le Conseil des Conférences épiscopales européennes. Mais Peter Erdö, comme d’autres, a aussi un passé romain d’enseignant à la Grégorienne et à l’Université du Latran. Et une réputation de battant qui l’amena par exemple à dénoncer "les changements anthropologiques, conséquences d’une culture audiovisuelle qui affaiblit les concepts clairs et le raisonnement logique". L’an dernier, très affable, il avait participé au dîner offert en l’honneur de "notre" cardinal Ries.

6. Oscar Maradiaga (Honduras)

Le SNAP, réseau de victimes de curés pédophiles, a beau l’avoir mis sur sa liste de cardinaux à ne pas élire à la fonction suprême, l’archevêque de Tegucigalpa n’en est pas moins très ferme à l’encontre de ses prêtres déviants. De passage en Belgique à la mi-octobre 2010, il nous avait d’ailleurs déclaré qu’il y avait "derrière ce dossier une occasion de renouveau interne à ne pas rater". Mais le cardinal hondurien est aussi et surtout, pour la seconde fois consécutive, le président de Caritas Internationalis. Donc un acteur de premier plan pour ce qui est de la diffusion sur le terrain de la doctrine sociale de l’Église. Et avec cette même barrette, il est aussi apparu comme un défenseur des plus pauvres dans la lutte contre la corruption et contre le trafic de drogue. Infatigable militant de "la globalisation de la solidarité", le cardinal Maradiaga dérange. À tel point qu’on a tenté de le mettre dans le camp conservateur. Mais cet amateur de saxo et d’accordéon connaît bien la musique et sait se défendre.

7. Odilo Scherer (Brésil)

Question d’agenda, ce serait génial que le conclave élise à la tête de l’Église l’archevêque de Sao Paolo. Les Journées mondiales de la jeunesse se dérouleront à Rio cet été et il n’y aurait donc pas meilleur lancement possible du nouveau Pape en Amérique latine. Mais voilà, l’Eglise ne pratique pas cette politique médiatique-là. Ce qui ne veut pas dire que le cardinal Scherer part sans "biscuits". En effet, ces derniers jours, le nom de ce théologien connu pour être dans la ligne, mais pas trop doctrinaire pour autant, est apparu à plus d’une reprise comme le potentiel candidat de la vieille garde curiale. Avec un compromis digne de ceux concoctés à la rue de la Loi : les cardinaux italiens le pousseraient mais conserveraient la direction de la secrétairie d’Etat. Cela dit, le cardinal Scherer apparaît comme quelqu’un d’ouvert à la cause des laïcs dans l’Eglise. Et qui n’hésite pas à ruer dans les brancards. Sinon, comment expliquer le fait qu’il ait porté une femme à la tête de l’Université pontificale de Sao Paolo ?

8. John Onaiyekan (Nigeria)

Les cardinaux nigérians sont des hommes de paix. Celui de Lagos, Anthony Okogie, avait en son temps réussi à pacifier les relations entre les différentes communautés religieuses de son pays. Et John Onaiyekan, l’archevêque d’Abuja, s’est lui aussi investi sans compter dans le dialogue avec les musulmans. L’été dernier, ce dernier était d’ailleurs de passage à Bruxelles, ayant reçu le prix 2012 de Pax Christi. Mais cette ouverture interreligieuse n’empêcha pas l’archevêque d’Abuja de dénoncer avec force l’homosexualité dans laquelle il voit "une orientation sexuelle non naturelle". Le cardinal Onaiyekan n’est pas moins ferme sur l’usage du préservatif dans la lutte contre le sida. Là, il est très romain : "personnellement, je suis d’accord avec le St-Siège. N’oublions pas qu’il y a ces millions de personnes déjà atteintes : distribuer les préservatifs ne les aide pas". Un discours qui séduira les électeurs conservateurs, mais pas ceux qui espèrent une Eglise plus ouverte et plus collégiale.

9. Christoph Schönborn (Autriche)

L’archevêché de Vienne a souvent été un lieu stratégique pour l’avenir de l’Eglise. Le cardinal Koenig ne devint pas pape mais contribua à l’élection de Karol Wojtyla en 1978 après avoir joué un rôle important au concile aux côtés de "notre" cardinal Suenens. L’actuel archevêque, Christoph Schönborn, n’est pas en reste. Traditionnel sur le plan doctrinal, il est ouvert aux réalités terrestres : en 1995, lorsque Jean-Paul II l’avait nommé en urgence, il n’avait pas caché que son prédécesseur avait de bonnes raisons de démissionner. En 2010, il fut un des premiers à réclamer des mesures énergiques contre ses clercs pédophiles tout en s’interrogeant sur le célibat des prêtres. Il eut certes plus de peine à résoudre la récente crise interne en Autriche, mais il apparaît comme un excellent candidat de consensus. Rédacteur du nouveau Catéchisme et de sa version jeune, le Youcat, il osa aussi innover sur les plans pastoral et œcuménique.

Crédits photos: AP/AFP/PhotoNews


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