Présidence de la Commission : Six candidats mènent une vraie campagne européenne

Jean-Claude Juncker (Parti populaire européen, PPE), Martin Schulz (Parti socialiste européen, PSE), le libéral Guy Verhofstadt, la verte Ska Keller et Alexis Tsipras (Gauche radicale européenne) arpentent l'UE du nord au sud, d'est en ouest.

epa04170588 SPD top candidate for the European elections Martin Schulz makes his speech during a campaign meeting for the European election held at the Cirque d'Hiver in Paris, France, 17 April 2014. EPA/YOAN VALAT
epa04170588 SPD top candidate for the European elections Martin Schulz makes his speech during a campaign meeting for the European election held at the Cirque d'Hiver in Paris, France, 17 April 2014. EPA/YOAN VALAT ©EPA
Olivier le Bussy et Gilles Toussaint

Les partis politiques européens ayant décidé de présenter chacun leur candidat unique à la présidence de la Commission, la campagne des européennes a pris des accents transnationaux inédits. Dont l’une des manifestations sera le "débat présidentiel", organisé jeudi soir au Parlement européen et diffusé en Eurovision. Y prendront part le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker (Parti populaire européen, PPE), l’Allemand Martin Schulz (Parti socialiste européen, PSE), le libéral belge Guy Verhofstadt, la verte allemande Ska Keller et le Grec Alexis Tsipras (Gauche radicale européenne).

Au lendemain de l’étape commune de Bruxelles, chacune des vraies-fausses têtes de liste (qui ne peuvent se présenter que dans leur pays) reprendra la route. Qui pour la Lorraine, qui pour Prague, qui pour le Portugal, qui pour les rives de la mer Baltique…

, ajoute-t-il, estimant que les partis socialistes ont joué le jeu, et défendu la candidature de l’Allemand auprès de leurs électeurs. Jean-Claude Juncker s’est pour sa part rendu dans une vingtaine de pays.

"Et là où il n’a pas pu se déplacer, il a accordé de grands entretiens à la presse"

, précise Natasha Bertaud, l’une des porte-parole de la campagne du champion du PPE.

Guy Verhofstadt, lui, s'est d'abord concentré sur les pays voisins de la Belgique, où sa notoriété est déjà établie. "Au fur à mesure des demandes, il s'est rendu dans de plus en plus de pays, même en Pologne ou en République tchèque, où l'Alliance des libéraux et démocrates pour l'Europe n'a pas d'élu", souligne son entourage. Ska Keller et le Français José Bové, qui font campagne en tandem, se sont partagé les tâches. "En fonction des thèmes abordés, c'était plutôt l'un ou l'autre qui était sollicité", explique l'état-major vert. A José Bové de défendre la position des Verts contre le gaz de schiste, à Ska Keller de débattre de l'immigration, par exemple.

Ne passez pas par la case Royaume-Uni

S'ils ont arpenté l'Union d'est en ouest et du nord au sud, les Spitzenkandidaten ont porté une attention particulière aux pays qui envoient le plus d'eurodéputés au Parlement européen : la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, la Pologne… à l'exception notable du Royaume-Uni, où l'idée de candidat "européen" ne fait guère recette. Des trois principaux candidats, seul Martin Schulz s'est rendu à Belfast, en "périphérie". Jean-Claude Juncker avait, lui, d'autant moins de raisons de traverser la Manche qu'aucun parti britannique n'est affilié au PPE.

En revanche, le Luxembourgeois aura participé à une demi-douzaine d'événements en Allemagne… fief électoral de son principal rival, Martin Schulz. Au terme de la campagne, les deux hommes auront d'ailleurs débattu dans les médias à neuf reprises, dont cinq en tête-à-tête. Au risque de lasser ? "Il y a une maxime américaine qui dit que quand vous en avez marre de répéter votre discours, ce n'est pas encore assez. Que quand les médias en ont marre d'entendre votre discours, ce n'est pas encore assez. Ce n'est que quand le public en a marre que c'est assez", ironise Brian Synnott. Et de préciser : "Si les spécialistes ont entendu ce discours à de nombreuses reprises, il est neuf pour le public qui suit tel ou tel débat. Ce qui nous importe est de démontrer que Martin Schulz est le meilleur candidat."

Le troisième homme Verhofstadt s'est agacé que les candidats des deux grands partis encombrent l'avant-scène. "C'est surtout la faute des médias, qui ont voulu simplifier la campagne", admet un membre de son camp. "Mais en France, il a rattrapé les choses en faisant un tabac en radio et en télé. Depuis, il est très demandé", assure la même source.

Auditoires nationaux, message européen

La difficulté, pour les candidats à la présidence, aura été d’adapter leur discours à des auditoires nationaux, sans en dénaturer la portée européenne.

affirme cependant que "son" candidat

"expose ses cinq priorités partout où il va. Il porte le même discours à Berlin qu’à Athènes. Mais selon les pays où il se trouve, il peut mettre plus l’accent sur l’une ou l’autre. Par exemple, il a évoqué son plan pour l’immigration à Malte, un pays où cette question est très sensible, même si elle concerne l’ensemble des Européens."

Même son de cloche du côté des Verts :

"Quand nos candidats se rendent dans un autre pays, ils nous demandent, avec l’appui des partis nationaux, de les informer sur le contexte politique, les sujets importants à intégrer."

Il n'empêche : "Deux mois pour se faire connaître dans toute l'Europe, c'est très court", admet Natasha Bertaud. Qui prédit que "les choses s'organiseront certainement différemment dans cinq ans".

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