Comme pressenti, Macron propose Thierry Breton pour remplacer Sylvie Goulard comme commissaire européen

Benjamin Masse correspondant à Paris

L’ancien ministre de l’Economie devra convaincre les eurodéputés.

Emmanuel Macron aura-t-il cette fois gain de cause ? Après l’échec il y a deux semaines de la candidature de Sylvie Goulard, le président de la République a sorti un nouveau nom de son chapeau, pour le poste de commissaire européen français. Il s’agit cette fois de Thierry Breton, 64 ans, actuel dirigeant de la société Atos, spécialisée dans les services numériques.

L’homme n’est pas sans qualités : la principale, aux yeux de l’Elysée, est sans doute la double compétence du candidat, à la fois fin politique et grand patron. Côté politique : Breton a été ministre de l’Economie et des Finances de Jacques Chirac, entre 2005 et 2007. Il s’est notamment mobilisé pour réduire la dette française, et moderniser l’économie. Côté business : ce diplômé d’Ecole d’Ingénieur (Supélec), a été patron de plusieurs entreprises technologiques (Bull, Thomson, France Télécom), qu’il a contribué à redresser. Après son passage à Bercy, il devient en 2008 le patron d’Atos, qu’il transformera – à coups de nombreuses acquisitions – en groupe mondial de 110 000 salariés, côté au CAC 40.

Conflits d’intérêt

Avantage de cette double casquette : Breton connaît bien les sujets dont il serait amené à s’occuper : la politique industrielle, le numérique, la défense et l’espace. Une des préoccupations de Macron était d’ailleurs que la France conserve l’intégralité du portefeuille de commissaire. « C’est le candidat qui convient », a sobrement indiqué l’Elysée, qui a également précisé avoir obtenu l’assurance que le commissaire hexagonal aurait bien dans son giron tous les domaines initialement prévus.

La présidence s’est aussi félicité d’avoir obtenu l’agrément de la présidente de la Commission, Ursula Von Der Leyen – c’était cependant déjà le cas concernant Sylvie Goulard.

Le profil de Thierry Breton n’est pourtant pas sans poser un certain nombre de problèmes, concernant la question cruciale des conflits d’intérêt, qui avait déjà valu à Goulard de voir sa candidature sèchement rejetée par les eurodéputés.

Plusieurs d’entre eux se sont déjà publiquement interrogé à ce sujet. A l’image de ce Tweet de la député européenne France Insoumise Manon Aubry : « Petite recherche via le système de transparence financière européen (…) En 2018 uniquement, son entreprise Atos a reçu plus de 107 millions de fonds européens. » Yannick Jadot, le chef de file d’Europe-Ecologie-Les Verts a ajouté que « Thierry Breton est président d’Atos, c’est une société du numérique qui touche des subventions européennes, qui est un des leaders européens sur les supercalculateurs (…) et dans son portefeuille, qu’est-ce qu’on a ? Le numérique. Donc on va avoir un souci de conflit d’intérêts. »

Rattrapage

Une inquiétude balayée par l’Elysée, qui rappelle que « Thierry Breton a toujours fait preuve de rigueur pour éviter tous conflit d’intérêts », lorsqu’il était ministre. Notamment en laissant à ses collaborateurs le soin de traiter les sujets sur lesquels il pouvait être impliqué de près ou de loin. Reste que ce pourrait être plus difficile pour lui cette fois, Breton ayant derrière lui plus de vingt ans de carrière justement dans les domaines concernés par son portefeuille (numérique, industrie, défense…) Face aux eurodéputés – qui l’auditionneront dans les semaines à venir – l’ancien ministre va en tous cas devoir se montrer convaincant sur ces points.

Une chose est sûre : avec Thierry Breton, Emmanuel Macron ne s’est pas nécessairement facilité la tâche. Le rejet de Sylvie Goulard était aussi, déjà, celui d’une certaine arrogance française. En ne choisissant pas, pour cette session de rattrapage, un profil absolument incontestable, l’hôte de l’Elysée pourrait, à nouveau, s’exposer au reproche de manquer d’humilité.