CDU-CSU : lutte au finish entre les deux dirigeants pour le poste de chancelier

Cette rivalité fera-t-elle imploser le camp conservateur ?

Les rivaux Markus Söder (gauche) et Armin Laschet (droite).
Les rivaux Markus Söder (gauche) et Armin Laschet (droite). ©Reporters / DPA
AFP

La guerre fratricide entre le mal-aimé Armin Laschet, patron de la CDU, et le populaire Bavarois Markus Söder menace de faire imploser le camp conservateur allemand, usé par le pouvoir et l’échec d’Angela Merkel à préparer sa succession. Les deux candidats déclarés à la chancellerie ont poursuivi leurs discussions "très confidentielles" ce week-end avec l’objectif de parvenir "à un accord", a appris l’AFP auprès de la CDU.

Sur le papier, la situation est pourtant favorable, à moins de six mois d’élections législatives qui marqueront la fin de l’ère Merkel : bien qu’en baisse, l’Union conservatrice CDU-CSU reste en tête des sondages, avec environ 28 % des intentions de vote, devant les Verts, crédités de 20 %.

Un dirigeant plébiscité

La droite, aux manettes depuis 16 ans, dispose de surcroît en M. Söder, ministre-Président de Bavière, d’un dirigeant plébiscité dans les enquêtes d’opinion, en partie grâce à sa gestion prudente de la pandémie.

Mais voilà, le colosse bavarois ne dirige que la CSU, petite sœur régionale d’une CDU qui domine, avec les sociaux-démocrates du SPD, la vie politique allemande depuis 70 ans.

Et Armin Laschet, président de la CDU depuis janvier, n’entend pas s’effacer.

S’est ainsi engagé ces derniers jours "ce qui est probablement la lutte pour le pouvoir la plus féroce et la plus ouverte que les partis frères aient connue" depuis 1980, quand Franz Josef Strauss (CSU) avait pris l’ascendant sur Ernst Albrecht (CDU), résume l’hebdomadaire Der Spiegel. "Des blessures vont subsister, ou du moins ne cicatriseront pas si vite", prévoit l’hebdomadaire, dont la une, samedi, représentait les deux candidats le visage contusionné.

La cote de popularité de M. Laschet reste minime, seuls 15 % des Allemands et 17 % des sympathisants conservateurs le considérant comme un bon candidat, contre respectivement 44 et 72 % pour son adversaire, selon un sondage Infratest-Dimap de vendredi dernier.

Ancien journaliste, M. Laschet dirige la région d’Allemagne la plus peuplée, la Rhénanie du Nord-Westphalie, bastion social-démocrate qu’il a conquis de haute lutte en 2017. Il pensait avoir fait le plus dur en obtenant lundi dernier le soutien du "présidium" de son parti.

Mais Markus Söder, après avoir longtemps assuré que sa place était à Munich et non à Berlin, s’accroche en revendiquant l’appui de la "base" des militants et engrange, depuis lors, des soutiens, en particulier chez des députés conservateurs inquiets de leur réélection.

Même des élus d’ex-RDA, censés être rétifs à une candidature issue de la riche Bavière, penchent désormais pour lui.

Le Bavarois compte tenir jusqu’à une réunion du groupe parlementaire mardi qui pourrait mettre au vote le choix du candidat. Des députés qui le soutiennent récoltaient vendredi dernier des signatures pour imposer cette consultation des élus, dont M. Söder a toutes les chances de sortir vainqueur. Il deviendrait alors, si son camp gagne le 26 septembre, le premier chancelier issu de la CSU.

La CDU joue gros

M. Laschet, soutenu par les barons de son parti, espère, lui, une décision plus rapide, si possible avant l’annonce du ou de la candidate écologiste ce lundi. Il répète à l’envi que les sondages sont volatils et met l’accent sur le point faible de son rival : ses multiples changements de pied.

L’éphémère règne d’Annegret Kramp-Karrenbauer, "dauphine" de Mme Merkel qui a jeté l’éponge début 2020, faute d’autorité et de bons résultats électoraux, avait déjà entamé l’aura du parti. Si la formation devait à présent s’effacer devant sa petite sœur bavaroise, il s’agirait d’un sérieux camouflet pour ses cadres et ses quelque 400 000 membres.

Ce bras de fer est "dommageable pour notre pays", a regretté vendredi dernier Mme Kramp-Karrenbauer, ministre de la Défense. La droite allemande n’a présenté qu’à deux reprises un candidat issu de la CSU, en 1980 et 2002, deux tentatives soldées par des échecs.

La chancelière se trouve désormais "hors jeu", explique à l’AFP Nils Diederich, professeur à l’Université libre de Berlin, qui mise sur le traditionnel "pragmatisme" du camp conservateur pour mener campagne "d’une seule voix" une fois le candidat désigné. 

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