Elections régionales en France: la "gueule de bois" des militants au RN, Zemmour en embuscade

"La gueule de bois". Des militants au RN ne cachent pas leur déception et s'interrogent sur l'implantation du parti après l'échec au premier tour des régionales, qui relance aussi les spéculations sur une éventuelle candidature en 2022 d'Eric Zemmour.

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Elections régionales en France: la "gueule de bois" des militants au RN, Zemmour en embuscade
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Les militants sont "forcément déçus. Ils étaient très engagés dans cette campagne", témoigne auprès de l'AFP Pierre Chapron, à la tête de la fédération du RN dans le Calvados.

Il croit encore au "sursaut" au second tour, après un premier tour lors duquel le RN a chuté de 9 points et n'est en tête que dans une seule région, au lieu de six en 2015.

Mais il ne veut pas "discuter des choix de Marine Le Pen" même s'il espère "qu'on (en) débattra" au congrès prévu à Perpignan une semaine après le second tour dimanche.

L'ex délégué RN de l'Hérault et toujours militant RN Jean-Louis Cousin estime, lui, que l'ouverture du parti à des candidats extérieurs l'a desservi. "On a voulu afficher une ouverture tous azimuts, et on a perdu un peu de notre identité. Notre électorat ne s'est pas reconnu. Qu'on prenne des LR sur les listes, c'est bien, mais il ne faut pas tout leur donner. On ne deviendra pas des LR", dit-il à l'AFP.

Il évoque des militants "très déçus" qui "se demandent s'ils vont aller" au congrès du RN, où il espère que le parti "tirera les leçons" de cet échec.

Parachutages

Comme M. Cousin, Yvan Chichery, délégué du Morbihan jusqu'en avril, considère que les parachutages de candidats ont été un frein à l'implantation et au vote. "Les candidats ne sont pas connus des adhérents, qui ne vont pas voter", avance-t-il.

"Il faut qu'on s'interroge sur notre absence d'implantation, parce qu'on le paie quand il y a une forte abstention", abonde la conseillère régionale sortante Agnès Marion, proche de Marion Maréchal. "On a écarté des élus et des militants qui avaient commencé à s'ancrer".

M. Chichery considère en outre qu'"à force de vouloir se banaliser, le RN est devenu un parti comme les autres". Ce "recentrage a beaucoup interpellé nos militants", renchérit Mme Marion, alors qu'ils ont "besoin de voir une différence par rapport à l'offre des autres partis".

Entre 2015 et 2021, le RN a perdu 28% de ses conseillers régionaux selon l'historien Nicolas Lebourg.

Parmi eux, André Murawski, ancien vice-président du groupe RN dans les Hauts-de-France, accuse son ancien parti d'avoir "institué un vide doctrinal sidérant, limité la politique à des opérations de communication à outrance et érigé les purges en système de gouvernement".

A la direction du RN, rien n'a filtré du bureau exécutif (direction) réuni lundi. Marine Le Pen ne se déplacera pas sur le terrain, comme prévu avant les résultats, et fera trois matinales radios pour exhorter ses électeurs à se déplacer dimanche.

Dédiabolisation

"C'est vrai que nos électeurs ne se sont pas mobilisés mais ça ne veut pas dire qu'il y a une désaffection sur le fond et sur les idées", assure sur LCI le numéro deux du parti, Jordan Bardella. "C'est difficile de tirer des enseignements quand vos électeurs (...) n'ont pas voté".

Louis Aliot "ne croit pas" que la stratégie de "normalisation" du discours de Marine Le Pen ait joué sur l'abstention. Fort de sa victoire aux municipales l'an dernier à Perpignan, il défend une ligne d'ouverture à des candidats extérieurs au parti. "Les électeurs du RN veulent rassembler, convaincre qu'il y a une majorité sur leurs idées. Ce n'est pas pour se recroqueviller sur quelques idées, sur quelques groupes, sur quelques clans", fait-il valoir sur France Info.

Ce recul du RN a donné des ailes en tout cas aux soutiens du polémiste et potentiel candidat en 2022 Eric Zemmour. "C'est un discrédit de toute la classe politique, mais du RN davantage", a-t-il tonné lundi soir sur CNews. M. Zemmour a accusé Marine Le Pen d'abandonner "deux piliers" de son mouvement, le souverainisme et l'immigration, au nom d'une "stratégie de dédiabolisation" qui la fait "parler comme Emmanuel Macron".

"Une analyse de comptoir", balaie Louis Aliot.

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