Droits LGBT: avant le sommet européen, 17 dirigeants de l'UE appellent au respect des "valeurs fondamentales"

Le Premier ministre belge Alexander De Croo et seize autres chefs d'État ou de gouvernement de l'UE ont appelé jeudi, dans un courrier commun, à poursuivre la lutte contre la discrimination envers la communauté LGBTI, un sujet qui doit être abordé au dîner des Vingt-sept à travers le cas hongrois.

BELGA

Ce courrier, adressé aux dirigeants de l'Union, intervient au moment où, en Hongrie, le gouvernement du leader nationaliste-conservateur Viktor Orban s'apprête à faire entrer en vigueur une loi jugée homophobe.

"Nous devons continuer à combattre la discrimination envers la communauté LGBTI, à réaffirmer notre défense des droits fondamentaux", affirment les signataires de ce courrier. "Le respect et la tolérance sont au cœur du projet européen. Nous nous engageons à porter cet effort, pour s'assurer que les générations futures en Europe puissent grandir dans l'égalité et le respect".

La Hongrie n'est pas nommément citée, ni la loi combattue, qui vise à interdire les contenus "qui représentent la sexualité ou promeuvent la déviation de l'identité de genre, le changement de sexe et l'homosexualité" aux moins de 18 ans. Mercredi, Mme Von der Leyen a qualifié cette loi de "honte" et annoncé que la Commission ferait part à Budapest de ses préoccupations juridiques.

Mardi, la Belgique avait déjà pris le leadership de cette contestation en initiant une déclaration commune avec une douzaine d'autres États membres, que la ministre des Affaires étrangères Sophie Wilmès a portée au Conseil des affaires générales de l'UE. Pour la Belgique et les autres pays signataires, la loi hongroise constitue une discrimination flagrante et viole la liberté d'expression.

Le courrier des 17 dirigeants, lui, fait en outre référence à la journée internationale du 28 juin prochain, qui est l'International Lesbian Gay Bisexual and Transgender Pride Day. "Ce sera l'occasion de se rappeler que nous sommes des sociétés ouvertes et tolérantes, engagées dans le développement sans entrave de la personnalité de chacun de nos citoyens, y compris leur orientation sexuelle et leur identité de genre. Ce sera aussi l'occasion de célébrer le long chemin que nous avons parcouru au cours des dernières années en faveur de ces principes, qui sont, nous le croyons, le fondement de l'Union européenne."

La lettre est signée par Alexander De Croo, Mette Frederiksen (Danemark), Angela Merkel (Allemagne), Kaja Kallas (Estonie), Micheal Martin (Irlande), Kyriakos Mitsotakis (Grèce), Pedro Sanchez (Espagne), Emmanuel Macron (France), Mario Draghi (Italie), Nikos Anastasiades (Chypre), Krisjanis Karins (Lettonie), Xavier Bettel (Luxembourg), Robert Abela (Malte), Mark Rutte (Pays-Bas), Sanna Marin (Finlande), Stefan Löfven (Suède) et Sebastian Kurz (Autriche).

Le Portugais Antonio Costa, qui a rappelé cette semaine encore son devoir de neutralité en tant que président semestriel de l'UE, et les dirigeants de la Hongrie, la Bulgarie, la Croatie, la Tchéquie, la Pologne, la Roumanie, la Slovénie, la Slovaquie et la Lituanie n'ont pas signé la lettre. Ce dernier pays s'est cependant joint jeudi à la déclaration Benelux appelant la Commission à agir en justice.

Interrogé à son arrivée au sommet, le président du Conseil Charles Michel a souligné que les valeurs étaient au cœur du projet européen, et que le sujet serait abordé au dîner des dirigeants ce soir. Présent à ses côtés, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a martelé qu'"aucune discrimination n'est acceptable, en quelque circonstance que ce soit". "Toute discrimination envers les personnes LGBTQI est totalement inacceptable dans nos sociétés modernes", a-t-il ajouté.

Alexander De Croo, lui, arborait un insigne arc-en-ciel à son veston, à son arrivée au sommet. "L'Europe est un club qui a des règles, on ne peut pas dire: 'je veux recevoir les subsides de l'Europe, mais je ne veux pas des règles qui y sont liées'", a commenté le chef du gouvernement fédéral.

"C'est allé trop loin, 17 pays européens le disent, des pays de l'est, du nord, du sud... Et non seulement parce qu'il s'agit d'une discrimination honteuse, mais aussi parce que quand on commence avec de la discrimination envers les LGBTQI, on finit par bâillonner des gens, c'est une évolution que nous ne pouvons tolérer".

Le Premier ministre a souligné que le commissaire européen Didier Reynders avait écrit au gouvernement de Budapest pour l'avertir que si la loi controversée entrait en vigueur, "nous agirons".

Viktor Orban, de son côté, a continué à nier le caractère homophobe de la loi et s'est même porté en défenseur des homosexuels, à son arrivée au sommet.

"La loi ne porte pas sur les homosexuels. Elle concerne la façon dont les parents veulent faire l'éducation sexuelle de leurs enfants", a-t-il affirmé. "Sous le régime communiste, l'homosexualité était punie et je me suis battu pour leur liberté et leurs droits. Je défends les droits des homosexuels", a ajouté le chef du gouvernement hongrois.

Quant au Premier ministre néerlandais Mark Rutte, il a considéré que la Hongrie n'avait "plus rien à faire ici". "Je ne peux pas les mettre dehors, ça ne peut se faire que pas à pas, et on espère qu'entre-temps ils auront changé". Pour le Luxembourg, le Premier ministre Xavier Bettel, qui est ouvertement homosexuel, a dit ne pas avoir de mots envers une loi "qui assimile homosexualité, pédophilie et pornographie".

Le président français Emmanuel Macron compte sur la discussion de ce soir pour inciter Viktor Orban à modifier le texte de loi. "La discussion sera franche et ferme, j'attends ensuite que les institutions européennes mettent en place les procédures attendues", a-t-il dit.

Interrogé sur une exigence de l'UE à retirer cette loi, le président français a dit avoir du respect pour la souveraineté et appelé à la prudence à ce propos. "Mais j'espère que dans ce dialogue (avec Viktor Orban), on trouvera un chemin qui lui permettra de porter ce que sont ses priorités, tout en respectant pleinement nos valeurs, et donc de porter lui-même un changement de ce texte".