L'opposant biélorusse Roman Protassevitch et sa compagne placés en résidence surveillée

L'opposant biélorusse Roman Protassevitch et sa compagne russe Sofia Sapega ont été placés en résidence surveillée, ont indiqué des proches à la BBC.

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© AFP

Les autorités bélarusses ont annoncé vendredi le placement en résidence surveillée du dissident Roman Protassevitch et sa compagne, arrêtés fin mai après le déroutement de leur vol sur le Bélarus, ce qui avait scandalisé les capitales européennes.

Sur sa chaîne Telegram, le Comité d'enquête bélarusse a déclaré avoir "jugé possible" de les placer en résidence surveillée car les deux accusés ont fait des "aveux cohérents" et se sont engagés à "aider l'enquête et identifier leurs complices".

Roman Protassevitch, 26 ans, et son amie russe Sofia Sapega, 23 ans, avaient été placés en détention après leur arrestation à l'aéroport de Minsk, consécutive au déroutement d'un avion de ligne Ryanair effectuant la liaison Athènes-Vilnius dans lequel ils se trouvaient.

Ils sont accusés d'avoir coordonné, sur les réseaux sociaux, le mouvement de protestation historique ayant éclaté l'an passé au Bélarus après la réélection à un cinquième mandat du président Alexandre Loukachenko, dénoncée comme frauduleuse.

Depuis son arrestation, le journaliste a été exhibé plusieurs fois à la télévision publique, ses soutiens dénonçant des interviews "sous contrainte".

Plus tôt vendredi, un conseiller de la cheffe de l'opposition Svetlana Tikhanovskaïa a dit avoir parlé aux parents de Roman Protassevitch et appris son placement en résidence surveillée.

"C'est une prison d'un autre genre. Les gens du KGB vivent dans la même chambre que lui", a toutefois précisé Franak Viacorka sur Twitter.

L'avocat de Sofia Sapega, Alexandre Filanovitch, a dit sur Telegram espérer une "évolution positive dans un futur proche" pour la jeune femme.

"Retenus en otage"

M. Viacorka a indiqué que les parents de l'opposant n'avaient "pas de contact avec Roman et ont peur qu'il serve de monnaie d'échange avec l'Occident", qui a imposé des sanctions économiques au Bélarus.

Il a aussi publié une photo prise par un passant à Minsk, montrant ce qui semble être Roman Protassevitch et Sofia Sapega donnant une interview dans un parc.

Svetlana Tikhanovskaïa a salué sur sa chaîne Telegram une "bonne nouvelle" même si "la résidence surveillée n'est pas la liberté".

"Ils sont toujours mis en examen, leurs moindres mouvements sont surveillés. Ils sont donc toujours retenus en otages", selon elle.

Dans un communiqué, l'ONG Amnesty International a estimé que leur placement en résidence surveillée "ressemble à un stratagème cynique" visant à lever les sanctions.

"Au cours de l'année écoulée, le monde a vu avec horreur le gouvernement d'Alexandre Loukachenko écraser la dissidence pacifique avec une cruauté atroce : ces transferts ne changent rien", a ajouté l'ONG.

Le régime d'Alexandre Loukachenko a durement réprimé le mouvement de protestation, faisant arrêter ou poussant à l'exil tous les leaders de la contestation, dont plusieurs sont actuellement jugés.

Augurant d'un autre procès, le Parquet bélarusse a annoncé vendredi avoir transmis à la justice un dossier contre l'avocat Maxime Znak et Maria Kolesnikova, figure charismatique de l'opposition arrêtée en septembre, accusés de "complot visant à s'emparer du pouvoir".

Alexandre Loukachenko avait suscité l'indignation des Occidentaux en envoyant fin mai un avion de chasse pour intercepter le vol à bord duquel voyageaient Roman Protassevitch et Sofia Sapega. Il avait évoqué une alerte à la bombe, une affirmation jamais étayée.

Cette semaine, l'Union européenne et Washington ont pris de nouvelles sanctions contre des dizaines de responsables, dont les ministres de la Défense et des Transports, le commandant de l'armée de l'air et l'un des fils d'Alexandre Loukachenko.

L'Union européenne a également imposé jeudi des sanctions sur des secteurs clés de l'économie bélarusse.

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