Marine Le Pen, en route pour la présidentielle

La présidente du RN, plébiscitée sans surprise dans la course à l’Élysée.

Marine Le Pen, en route pour la présidentielle
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Héritière ambitieuse, Marine Le Pen a été réélue dimanche à la tête du Rassemblement national, un parti qu’elle a rebaptisé et débarrassé de son sulfureux père, mais qui ne lui a pas apporté l’ancrage local désiré en vue de son troisième essai à la présidentielle.

Lors de ce congrès, Marine Le Pen a aussi mis son parti en ordre de marche pour les prochains mois en réussissant à imposer "son" favori, le jeune Jordan Bardella, 25 ans, comme "premier vice-président" du RN, ce qui le portera à la remplacer à la tête du parti pendant la campagne présidentielle.

La benjamine des trois filles de Jean-Marie Le Pen est parvenue en 2017 - comme son père quinze ans plus tôt - au second tour de la présidentielle, engrangeant près de 11 millions de voix (33,9 %).

Un record pour le parti d’extrême droite, mais aussi une déception après un débat de l’entre-deux tours raté face à Emmanuel Macron.

L’opposante de carrière, âgée de 52 ans, longtemps élue au Parlement européen et désormais députée du Pas-de-Calais, a repris espoir après la victoire du RN aux européennes en 2019. Mais la perte d’élus aux municipales l’année suivante et le net recul de son parti aux régionales en juin 2021, à dix mois de la présidentielle, ont à nouveau suscité le doute.

Et ce, même si elle reste incontestable à la tête du parti, réélue sans concurrent dimanche pour un quatrième mandat et adoubée candidate pour 2022.

Comme sa sœur Yann, son destin s’est d’abord inscrit dans le giron du "diable de la République". "Quoi qu’il arrive, tu es mon père", avait-elle dit à Jean-Marie Le Pen après une violente brouille en 2005.

Bretteuse

Avocate de formation, née dans la foulée de mai 1968, Marine Le Pen porte les couleurs frontistes pour la première fois aux législatives en 1993.

"Enfant de la télé", bretteuse plus qu’oratrice, elle crève l’écran le soir du second tour de la présidentielle 2002 en expliquant la victoire de Jacques Chirac sur "Le Pen" par la transformation de la France en "camp de rééducation psychologique".

À partir de là, cette grande femme, reconnaissable à sa chevelure blonde, entreprend avec le soutien de son père une ascension continue jusqu’à la présidence du parti, début 2011. Les vieux barons qui la voyaient en "night-clubbeuse" dénuée de culture politique sont progressivement écartés.

Deux fois divorcée, mère de trois enfants, séparée de l’une des figures du parti, Louis Aliot, Marine Le Pen insiste sur l’économie, parent pauvre du discours frontiste.

Avec au menu, une forte dose de protectionnisme et la sortie de l’euro - avant d’y renoncer après la présidentielle de 2017 - pour séduire les "perdants" de la mondialisation.

Ces thèmes sont gagnants dans le bassin minier sinistré d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), devenu son fief, comme au niveau national : à toutes les élections intermédiaires d’avant 2017, le parti progresse.

Elle "dédiabolise" le parti de son image antisémite et raciste jusqu’à exclure en août 2015 son père Jean-Marie Le Pen, dont elle a toléré pendant des années ses propos, condamnés en justice. "J’ai adulé cet homme", confie-t-elle. "Je me suis beaucoup battue pour lui mais à un moment donné, cela devait s’arrêter."

"Normalisation"

Ses relations avec son père se sont depuis apaisées. Jean-Marie Le Pen s’est lui-même réconcilié en 2018 avec son aînée Marie-Caroline qui, avec son mari Philippe Olivier, travaille désormais auprès de sa cadette.

Après la "dédiabolisation", Marine Le Pen s’engage dans la "normalisation" : elle renonce à sortir de l’euro, change le nom du parti pour "rassembler" et ne veut plus revoir Schengen. Mais cette politique d’"ouverture" et ces revirements lui valent d’être accusée de "banaliser" le parti.

La députée brouille les lignes, se proclamant "meilleur bouclier" des Français juifs, rendant hommage à de Gaulle, arborant République et laïcité en étendard contre "le fondamentalisme islamiste" mais jugeant désormais l’islam "compatible avec la République".

Elle ne renonce pas aux "fondamentaux" de son parti : dénonce toujours l’immigration, mais davantage l’insécurité. Favorable "à titre personnel" à la peine de mort, elle veut supprimer le mariage homosexuel, sans défiler avec les anti.

Marine Le Pen reste poursuivie par les affaires, mise en examen pour "détournements de fonds publics" dans l’enquête sur les emplois fictifs au Parlement européen, quand des proches ont été condamnés pour escroquerie lors des campagnes en 2012. 

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