"Mauvaise foi", "harcèlement", "provocation": la présidence slovène de l'UE suscite l'inquiétude au Parlement de Strasbourg

"Arrêtez de harceler journalistes et juges !". Le Premier ministre slovène, qui vient de prendre la présidence de l'UE, a fait l'objet mardi, pour ses débuts devant le Parlement européen, de vives critiques concernant le respect de l'Etat de droit en Slovénie, qu'il a balayées d'un revers de la main.

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Le dirigeant slovène conservateur Janez Jansa a pourtant prononcé un discours très lisse devant les eurodéputés, présentant les priorités d'une présidence qui ne font pas débat comme la relance économique de l'UE après la pandémie et l'accélération de la transition numérique.

"Le respect de l'Etat de droit sur la base de critères identiques est essentiel si nous voulons que nos concitoyens fassent confiance aux institutions", a affirmé cet allié du souverainiste hongrois Viktor Orban, que des ONG accusent de tenter de museler les médias et la justice dans son pays issu de l'ex-Yougoslavie.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, n'a pas manqué de lui rappeler que l'exécutif européen allait rendre le 20 juillet un rapport sur l'Etat de droit dans les Etats membres. Le précédent, en septembre 2020, avait épinglé la Slovénie pour des cas "fréquents" de harcèlement en ligne et de menaces à l'encontre de journalistes, "rarement sanctionnés par le système judiciaire".

"Je me félicite des discussions qui auront lieu", l'a prévenu la cheffe de l'exécutif européen, avant d'insister au cours d'une conférence de presse sur le fait qu'"un Etat de droit fort et vivant est une condition préalable à toutes les autres tâches".

Après le Portugal et avant la France, la Slovénie a pris jeudi la présidence pour six mois de l'UE, dans une ambiance tendue, le vice-président de la Commission Frans Timmermans refusant de poser sur la traditionnelle photo de groupe, pour protester contre "une attaque inacceptable" de M. Jansa contre deux juges slovènes.

"Perte de temps"

De plus vives critiques ont été émises dans l'hémicycle par la plupart des responsables de groupes politiques, de droite comme de gauche.

"Tout problème concernant l'Etat de droit n'est pas le problème interne d'un Etat membre mais le problème de tous les Européens", lui a lancé le conservateur allemand Manfred Weber, à la tête du PPE, le principal groupe du Parlement.

La cheffe du groupe social-démocrate, l'Espagnole Iratxe Garcia Perez, a rappelé à M. Jansa que la liberté de la presse était "un pilier indispensable de la démocratie". Et l'eurodéputée française du même groupe, Sylvie Guillaume, a dénoncé, devant les médias à l'issue du débat, "beaucoup de mauvaise foi" sur l'Etat de droit et une "belle dose de provocation".

"S'il vous plaît, arrêtez de harceler les journalistes et les juges", l'a frontalement attaqué le Néerlandais centriste Malik Azmani (groupe Renew), reprochant à Janez Jansa de "faire partie d'un club très sinistre" n'appréciant ni les médias libres, ni l'indépendance de la justice ni les droits des personnes LGBT+.

L'écologiste allemande Ska Keller a taclé ses "campagnes de dénigrement", tandis que son compatriote de gauche radicale Martin Schirdewan a rappelé qu'on devait "pouvoir supporter la critique en démocratie".

Un soutien au dirigeant slovène est venu du groupe d'extrême droite ID, dont fait partie le RN français, déplorant "cet accueil un peu froid de la part de certains".

"Je ne suis pas d'accord avec ces attaques car personne ne peut donner de leçons de démocratie", a déclaré l'Italien Marco Zanni.

Apparaissant hermétique à ces critiques, sur des questions qu'il considère comme purement nationales, le dirigeant slovène a affirmé, en conférence de presse, "souscri(re) pleinement à l'Etat de droit" mais qu'il y avait "d'autres problèmes (...) bien plus importants que ceux sur lesquels nous perdons du temps en ce moment". "Vous pouvez venir en Slovénie mener des enquêtes", a-t-il lancé aux journalistes.

Dans ce que Janez Jansa a estimé être une perte de temps figure le retard de Ljubljana dans la désignation de ses procureurs délégués au sein du nouveau parquet européen, chargé de lutter contre la fraude affectant le budget de l'UE.

Seule la Slovénie manque à l'appel sur les 22 Etats participants. La Pologne et la Hongrie, autres pays sur la sellette concernant le respect de l'Etat de droit, ont en effet décidé de ne pas en faire partie, comme du reste la Suède, le Danemark et l'Irlande.

Alors qu'il lui était demandé de procéder à ces nominations dès aujourd'hui, Janez Jansa a évoqué une décision "à l'automne".

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