Pas d’obligation vaccinale en vue en Allemagne, qui mise sur d'autres stratégies

Le pass sanitaire, lui, s’est déjà imposé dans nombre d’endroits qui accueillent du public.

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© AFP
Emmanuelle Chaze, correspondante à Berlin

Près de 84 millions de doses de vaccin distribuées, presque la moitié de sa population entièrement vaccinée… Malgré des débuts compliqués, en Allemagne, la campagne de vaccination va bon train. Pourtant, depuis quelques jours, le pays enregistre à nouveau une hausse du nombre de nouvelles infections qui amène le gouvernement à reconsidérer sa stratégie vaccinale. Pour l’instant, rien ne justifie la mise en place de nouvelles restrictions, puisque le taux d’incidence tourne autour de 7 pour 100 000 habitants, mais des signes interpellent, avec une prédominance du variant Delta dans ces nouvelles infections, et l’augmentation rapide de cas. À cela s’ajoute ce qu’on appelle ici la "fatigue vaccinale", le ralentissement de l’entrain suscité par les vaccins : au printemps, beaucoup d’Allemands ont passé des heures, voire des jours, à essayer de réserver un rendez-vous sur le site désormais incontournable "Doctolib". Faute de doses disponibles, ils n’y étaient pas parvenus. Désormais, c’est l’inverse : se fait vacciner qui veut, les centres de vaccination et médecins annoncent tous les jours avoir des doses inutilisées.

Du côté du gouvernement, on tente donc de mettre en place de nouvelles stratégies pour inciter les gens à s’immuniser. Mais contrairement au président français Emmanuel Macron, la chancelière Angela Merkel ne compte pas forcer les gens, même ceux issus des professions médicales, à se faire vacciner : "Je pense qu’on peut gagner la confiance des gens en privilégiant la communication sur le vaccin et en permettant aux gens de parler de leur propre expérience et de promouvoir le vaccin", explique-t-elle, après s’être entretenue avec Jens Spahn, le ministre de la Santé, et les responsables de la gestion sanitaire de la crise.

Pratiquement aucune obligation vaccinale

En Allemagne, la question de l’obligation vaccinale s’est posée mais, dans un pays où, contrairement à la France, seul le vaccin contre la rougeole est obligatoire, et ce depuis l’an passé, sa simple évocation s’est heurtée à un mur de protestations. Tant du côté du conseil national d’éthique que de celui des syndicats et de la classe politique, aucune décision en ce sens n’a été prise.

Si bien que d’autres stratégies ont été mises en place afin de séduire les réfractaires, ou tout simplement ceux qui n’ont pas encore eu l’opportunité d’obtenir un rendez-vous. À Berlin, sur le site en plein air de l’ancien aéroport de la capitale, un vélo-centre de vaccination arpente les anciennes pistes de décollage et propose aux promeneurs une administration de vaccin immédiate. Adele, une étudiante, n’avait pas encore pu obtenir de rendez-vous dans les centres de vaccination officiels : "C’est la solution parfaite pour moi, je ne pensais pas me faire vacciner aujourd’hui, ni que ça serait si simple !"

Pour ce qui est du pass sanitaire, qu’Emmanuel Macron vient de rendre nécessaire en France pour accéder à toute activité sociale, l’Allemagne a une longueur d’avance : depuis la réouverture des lieux de culture, de sport et de socialisation, il fallait déjà apporter une preuve de guérison, de vaccination ou bien un test négatif afin de pouvoir y entrer.