Pays-Bas: le gouvernement au banc des accusés en raison d'un déconfinement trop rapide

Une réouverture trop rapide lui est reprochée par certains secteurs d’activité.

Les Pays-Bas ont été un des premiers pays à lâcher les restrictions contre le Covid.
©Utrecht Robin/ABACA
Solinas Margaux

Il y a quelques jours encore, les vibrations des basses se faisaient ressentir dans les soirées endiablées à Amsterdam. Un sentiment de liberté régnait sur la capitale touristique néerlandaise. Les masques tombés, les Néerlandais se déhanchaient sur un rythme de beat électronique dans les bars, boîtes et festivals. Les organisateurs d’évènements reprenaient espoir après dix-huit mois de pandémie. Le 9 juillet, coup de théâtre : le gouvernement annonce la fermeture immédiate des boîtes de nuit et des festivals de plus de 1000 personnes. Le secteur de la restauration est aussi amputé de quelques heures, et doit fermer à minuit.

Une cacophonie de mesures

En une semaine, les cas de Covid-19 explosent (+ 500 %), et le taux d’occupation des soins intensifs augmente légèrement. La situation devient à nouveau préoccupante pour le gouvernement néerlandais sortant. Aucune coalition n’a vu le jour aux Pays-Bas depuis les législatives du 17 mars. Le gouvernement sortant garde les pleins pouvoirs sur la gestion de la crise sanitaire.

La hausse des infections n’a rien d’étonnant pour de nombreux Néerlandais en incompréhension totale face à la fin des restrictions. "Il n’y avait aucune logique sur le plan de réouverture", explique Julia, installée à Amsterdam avec son copain Steve, DJ australien. "Du jour au lendemain, les boîtes de nuit ont ouvert, et les masques ont disparu. Cela crée une confusion sur la stratégie du gouvernement néerlandais." Pour pouvoir accéder aux évènements, il suffisait de présenter un test négatif - PCR ou antigénique - de moins de 48 h ou une preuve de vaccination.

De nombreux organisateurs d’évènements se sont sentis abandonnés et trahis par le gouvernement. Après l’abolition de - quasi - toutes les mesures, le planning de cet été était complet pour la plupart des lieux de fête. Malgré l’annonce d’une aide de 135 millions d’euros pour les organisateurs, ID&T, une agence d’événementiel qui organise - entre autres - le festival Tomorrowland en Belgique a décidé de porter plainte contre le gouvernement. Quarante autres organisations, dont le Grand Prix F1 de Zandvoort, se sont greffées sur cette plainte.

Un procès devait s’ouvrir ce vendredi contre l’État néerlandais, mais a été ajourné jusqu’à nouvel ordre.

Le milieu de l’événementiel n’a pas le monopole de la colère. Six Néerlandais sur dix, selon un sondage d’EenVandaag, une émission néerlandaise d’actualité, pensent que le gouvernement sortant a eu tort d’abolir les mesures aussi vite. Pour certains, ce n’est pas l’ouverture des boîtes de nuit qui fait grimper le nombre d’infections, mais l’organisation chaotique. "Je suis sortie le premier week-end de la réouverture", explique Mélanie Gillard, une expatriée française à Amsterdam. "J’étais ravie, je me suis précipitée pour acheter des billets dès l’annonce du Premier ministre Mark Rutte. Je suis allée me faire tester mais je n’ai jamais reçu les résultats." Cet échec n’a pas découragé Mélanie et plein d’autres, qui se sont rendus à leurs festivals avec des autotests. "Les files d’attente étaient immenses, mais ça valait le coup", raconte Ruben, un Amstellodamois de 26 ans, qui a patienté des heures pour un test antigénique.

Le temps d’attente, l’absence de résultats, le détournement des règles avec les autotests sont pour Mélanie une preuve du manque d’organisation des deux côtés. "Le gouvernement aurait dû imposer des mesures plus progressives et strictes", confirme-t-elle. "Les organisateurs d’évènements auraient dû suivre au pied de la lettre les mesures."

Les excuses publiques du Premier ministre Mark Rutte n’ont pas réussi à calmer la colère du milieu événementiel et d’une partie de la population. Après la montée en flèche des infections, les Pays-Bas sont passés en code rouge ou même rouge écarlate en Europe. Un fait qui inquiète les Néerlandais pour leurs vacances d’été tant attendues…

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