En Allemagne, les inondations s’invitent dans le débat électoral

Les inondations ont également sérieusement touché l'Allemagne.

Un glissement de terrain a fait plusieurs victimes et disparus à Erftstadt-Blessem, près de Cologne.
Un glissement de terrain a fait plusieurs victimes et disparus à Erftstadt-Blessem, près de Cologne. ©AFP
Emmanuelle Chaze, correspondante à Berlin

Dévastation : c’est le mot qui s’impose devant l’ampleur de la catastrophe qui s’est abattue sur des milliers d’habitants du sud-ouest de l’Allemagne. Les images de villages entiers sous les eaux rappellent que plus d’une centaine de personnes ont péri suite à des pluies torrentielles extrêmes, dans la nuit de mercredi à jeudi. Le bilan humain ne cesse de s’alourdir, avec également près de 1300 personnes toujours portées disparues ce vendredi. Certaines communes sont toujours privées d’électricité et de réseau téléphonique.

Vendredi matin, dans la commune d’Erfstadt, les sols fragilisés et gorgés d’eau par les pluies ont provoqué un glissement de terrain gigantesque qui a englouti d’autres maisons, gonflant encore le nombre de disparus. Le maire de la commune, Frank Rock, a expliqué : "Cinquante personnes avaient été secourues la nuit dernière, et 15 autres devaient l’être ce matin. Étant donné les circonstances, il faut qu’on se prépare à l’idée que quelques-uns n’ont pas pu s’en sortir."

En Rhénanie-Palatinat, où le bilan provisoire est de 60 morts, douze personnes en situation de handicap ont péri dans leur résidence spécialisée car elles n’ont pas pu être évacuées à temps : une hausse des eaux subite a empêché les secours de rejoindre les infortunés. D’autres personnes sont mortes chez elles, surprises dans leur sommeil par les eaux.

L’armée allemande a envoyé 900 soldats pour assister les 15 000 secouristes déployés sur le terrain, ainsi que des hélicoptères et des chars, mais certaines voies sont devenues totalement impraticables. Le trafic ferroviaire a été interrompu dans les régions les plus touchées, et des milliers de personnes ont dû être évacuées par mesure de précaution.

À deux mois des élections législatives qui marqueront la fin du règne d’Angela Merkel, cette catastrophe naturelle s’est invitée dans la campagne des candidats, et particulièrement dans celle du camp conservateur. Son représentant, Armin Laschet, favori à la succession d’Angela Merkel avec 30 % des intentions de vote, loin devant la candidate Verte, Annalena Baerbock, dont la popularité a été écornée suite à des révélations de plagiat dans son livre et quelques incohérences dans son CV. Armin Laschet, également ministre-président d’une des régions les plus sinistrées, la Rhénanie-du-Nord Westphalie, n’a pas brillé par ses interventions publiques ces deux derniers jours, en promettant d’un côté "une accélération des mesures pour tenter de lutter contre le dérèglement climatique", mais en s’appuyant de l’autre sur un bilan environnemental plus que mitigé dans sa propre région. Il y a en effet autorisé l’exploitation des mines de charbon jusqu’à la date butoir de 2038 et a restreint l’installation de nouvelles éoliennes, tout en rendant le renouvellement des parcs éoliens existants plus difficile qu’auparavant. Pressé désormais de s’expliquer sur sa politique environnementale, l’intéressé a déclaré qu’"un jour comme aujourd’hui n’appelle pas à un changement de politique".

Il est encore trop tôt pour savoir quel impact la tragédie actuelle aura sur le résultat des élections de septembre, mais il y a fort à parier que le programme environnemental des candidats sera lu avec une attention particulière par l’électorat allemand.

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