L’inquiétant article de Vladimir Poutine sur l’Ukraine

Dans un article publié sur le site du Kremlin, Vladimir Poutine nie l’existence d’une identité ukrainienne. Il balaie la responsabilité russe d’une éventuelle guerre à venir. Le site d’investigation "Proekt" a par ailleurs été interdit.

L’inquiétant article de Vladimir Poutine sur l’Ukraine
©AFP

Vladimir Poutine prend la plume. C’est devenu une habitude depuis plus d’un an et la publication de deux articles, écrits personnellement par le président russe et parus dans des hebdomadaires américain et allemand. Cette fois-ci, le chef du Kremlin s’est auto-édité en publiant son article intitulé "Sur l’unité historique des Russes et des Ukrainiens" sur le site internet du Kremlin. La raison pour laquelle le président russe s’improvise "journaliste historien" interroge. Vladimir Poutine veut-il finalement marquer sa présidence dénuée d’idéologie d’une ligne idéologique ou alors souhaite-t-il mobiliser les foules sur sa vision de l’histoire pour stabiliser sa présence au pouvoir ?

Engagé dans une réécriture de l’histoire, Poutine y décrit une nouvelle fois la Russie comme une citadelle assiégée, mais aussi comme un Bruxelles géant d’une Union des Slaves, à l’image de l’URSS, qui n’aurait été qu’une évidence culturelle, religieuse et idéologique. En somme, d’après le président russe, les pays qui furent intégrés à l’Union soviétique étaient de toute façon liés par la culture, la langue et la religion à Moscou. L’allégeance de ces pays envers le Kremlin est donc inévitable aujourd’hui encore. Les découpages territoriaux actuels ne seraient d’ailleurs qu’une erreur des Soviétiques entraînée par l’Ouest. "Une chose est claire : la Russie a été volée. Il est aujourd’hui d’usage de condamner les ‘crimes du régime soviétique’, en leur attribuant même les événements avec lesquels ni le Parti communiste de l’Union soviétique (PCUS), ni l’URSS, ni même la Russie plus moderne n’ont rien à voir. Cependant, les actions des bolcheviks visant à séparer la Russie de ses territoires historiques ne sont pas considérées comme un acte criminel. La raison en est claire. Comme cela a conduit à l’affaiblissement de la Russie, cela convient à nos adversaires", estime le président russe.

Obsession ukrainienne

Le texte affiche clairement une obsession du président Poutine pour la question ukrainienne, mauvaise élève dans sa vision du "monde russe". Le chef du Kremlin justifie l’annexion de la Crimée mais aussi la guerre dans le Donbass en rabâchant sa vision erronée de la révolution de 2014. Un "coup d’État réalisé par des nationalistes avec le soutien des pays occidentaux", un "projet anti-russe", un "changement d’identité forcé dans lequel les Ukrainiens sont poussés à croire que la Russie est leur ennemi". Vladimir Poutine est clair : en l’état actuel des choses, "il n’y a pas de place pour une Ukraine souveraine". Dans cette vision de l’histoire, la Russie aurait tout fait pour aider Kiev à accéder à son indépendance. Mais le pays, ingrat, n’aurait pas compris que son indépendance allait avec une soumission naturelle envers Moscou.

Chercheur à l’University College de Londres, Vladimir Pastoukhov a analysé ce texte complexe sur les ondes de la radio Écho de Moscou. "Ce que je vois, c’est la justification idéologique d’une future guerre, une tentative de donner une interprétation religieuse et idéologique à un futur affrontement militaire, une volonté de rendre cette guerre sacrée", a-t-il expliqué.

Face aux nombreuses interprétations de son texte, Vladimir Poutine s’est fendu d’une explication publiée mardi soir sur le site du Kremlin. Il confirme qu’il faut voir son article comme une menace adressée à l’Ouest mais, surtout, comme une vision du monde qui sera désormais contée aux Russes. Si guerre il y a, la Russie n’y sera pour rien. "Il ne serait pas exagéré de dire que cette course à une assimilation violente, vers la formation d’un État ukrainien ethniquement pur, agressif envers la Russie, est comparable dans ses conséquences à l’utilisation d’armes de destruction massive contre nous […] Les astuces associées au projet ‘anti-Russie’ sont claires pour nous. Nous ne permettrons jamais que nos territoires historiques et que les personnes qui nous sont proches et qui y vivent soient utilisées contre la Russie. Et à ceux qui feront une telle tentative, je tiens à dire qu’ils détruiront ainsi leur pays", a écrit le président russe.

Des propos qui résonnent particulièrement alors que la tension ne cesse de monter en mer Noire, au large de la Crimée et que les négociations sur le règlement du conflit dans le Donbass sont au point mort. Preuve que le Kremlin ne s’est pas exprimé pour rien, ce texte sera désormais intégré à la liste des textes obligatoires lors de la "formation militaro-politique" des soldats russes.

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