Les graves inondations risquent de chambouler la course à la chancellerie en Allemagne

Le bilan continue de s’alourdir en Allemagne, où plus de 150 personnes sont mortes après les pluies torrentielles qui se sont abattues sur le pays dans la nuit de mercredi à jeudi. Il reste encore des centaines de personnes disparues, dont les proches sont en proie à une angoisse insoutenable alors que de jour en jour, l’espoir de retrouver des survivants s’amenuise.

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© AP
Emmanuelle Chaze - Correspondante à Berlin

Partout, des scènes de désolation. Malu Dreyer, la ministre-présidente de Rhénanie-Palatinat, a déclaré dans le village de Schuld, l’un des plus durement affectés, que les recherches ne s’arrêteraient pas tant qu’il y aura des disparus.

300 millions d’euros promis : trop peu

Elle y a été rejointe dimanche par la chancelière Angela Merkel et, ensemble, elles ont longuement arpenté les rues du village sinistré. Visiblement choquée par l’étendue des dégâts, la chancelière a assuré que le gouvernement fédéral viendrait en aide aux populations touchées.

Son ministre des Finances, Olaf Scholz, a déjà annoncé une première enveloppe de 300 millions d’euros pour répondre aux besoins immédiats des sinistrés, mais, si on se base sur les précédentes inondations connues par l’Allemagne, le véritable montant nécessaire pour effectuer toutes les réparations devrait représenter plusieurs milliards d’euros.

Angela Merkel a aussi clairement évoqué l’impact du dérèglement climatique sur les phénomènes météorologiques : "On ne peut pas tirer de conclusions d’un seul incident… mais la somme de tous les événements météorologiques désastreux auquel nous avons assisté suggère clairement, si on croit en la science - et comme vous le savez, c’est mon cas - que c’est lié au changement climatique. Nous devons nous battre contre cela en faisant face à ce phénomène à court, moyen et long termes."

Le discours de la chancelière intervient à deux mois du terme de son mandat et ce ne sera donc plus à elle de lancer une politique climatique plus ferme. En revanche, une telle catastrophe climatique pourrait peser dans la course à la chancellerie.

Les carences d’Armin Laschet

Armin Laschet, le ministre-président de Rhénanie-du-Nord-Palatinat et candidat conservateur aux élections de septembre, avait jusqu’à présent caracolé en tête dans les sondages.

Mais depuis les inondations, il n’a pas brillé par sa réponse à la crise. Si dans ses déclarations il affirme vouloir accélérer le rythme des mesures de lutte contre le changement climatique, son programme électoral en matière d’environnement reste vague, et son bilan sur ces questions de région est plus que mitigé.

Il a notamment prolongé l’exploitation des mines de charbon jusqu’à la date butoir de 2038 et restreint la construction de nouvelles éoliennes dans la région. Pour Giulio Mattioli, chercheur et sociologue spécialiste des transports à l’université de Dortmund, Armin Laschet aurait pu faire plus, mais il a par exemple "rejeté la mise en place de moyens faciles pour atteindre les objectifs de réduction des gaz à effet de serre promis par le gouvernement, comme l’introduction d’une limitation de vitesse sur les autoroutes".

À cela s’ajoutent des faux pas fortement médiatisés : jeudi, lors d’une interview télévisée, il s’est montré sur la défensive et méprisant envers une journaliste qui lui demandait de s’expliquer sur sa politique régionale sur les questions environnementales. Ce week-end, alors que le président allemand Frank Walter Steinmeier présentait ses condoléances à la population, Armin Laschet a été filmé en train de rire en arrière-plan avec quelques collègues. L’intéressé s’est promptement excusé de son "comportement inapproprié", mais la vidéo a choqué des millions d’Allemands.

Autant de gaffes qui pourraient coûter cher au candidat Laschet et dont pourraient bénéficier les Verts, principaux adversaires des conservateurs, alors que ces inondations ont placé le changement climatique au cœur de la campagne électorale.

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