Messe en latin: les fidèles et le clergé partagés après le tour de vis du pape François

"Excessif" voire "méprisant" pour les uns, "bienvenu" et "nécessaire" pour les autres : le coup de frein donné vendredi dernier par le pape François aux messes traditionnelles célébrées en latin est diversement accueilli parmi le clergé et les fidèles.

Messe en latin: les fidèles et le clergé partagés après le tour de vis du pape François
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"Je ne comprends pas cette attaque. Est-ce que le pape ne veut plus de nous en son Eglise ?", s'interroge Hortense, 42 ans, adepte parisienne des messes traditionnelles. "C'est injustifié", renchérit Jean-Pierre, 67 ans, qui fréquente la même paroisse.

En 2007, le pape allemand Benoît XVI avait publié un décret autorisant largement la célébration de l'ancienne messe en latin, à la satisfaction des catholiques traditionalistes.

Revenant sur ce décret, le pape François a décidé que les évêques des diocèses auront désormais la compétence exclusive d'autoriser les messes des traditionalistes, en déterminant l'église et les jours de célébration.

Le pape a estimé que les concessions accordées par son prédécesseur avaient été utilisées pour "renforcer les différences, construire des oppositions".

"Ce que décrit le pape ne correspond pas du tout à notre réalité", soutient l'abbé Dufour, membre de la fraternité sacerdotale Saint-Pierre d'Epinal (Vosges), une communauté qui prononce ses messes exclusivement en latin et selon des missels antérieurs à Vatican II.

A la suite de ce Concile, en 1970, la liturgie en langue locale avait été adoptée par l'Eglise catholique comme forme ordinaire de célébration de la messe.

La messe dite traditionnelle - en latin et selon le missel de 1962 - est toujours suivie dans "150 à 170 paroisses", selon la conférence des évêques de France.

"On s'est battus pour conserver notre messe depuis les années 1970. Le décret de Benoit XVI avait été un soulagement", explique Marie-Thérèse Decotignie, fidèle de Saint-Eugène Sainte-Cécile, une église parisienne qui célèbre des messes selon les deux rites.

"Ici, il n'y a pas de clivage entre les communautés", assure la paroissienne.

"Non à la guerre" 

Le "motu proprio" (décret) du pape François fait suite à une enquête menée en 2020 auprès d'évêques du monde entier sur les effets des concessions de son prédécesseur.

"Si le motu proprio de Benoît XVI a indéniablement favorisé l'apaisement, il n'aura pas pour autant fait grandir la communauté", conclut le rapport dont des extraits ont été transmis à l'AFP, et qui précise : "le souci d'unité de l'Eglise n'a pas été pleinement rempli".

"Certains traditionalistes en ont profité pour s'isoler. Ce que leur demande le pape François aujourd'hui n'est pas de renoncer complètement au rite traditionnel mais de prononcer aussi des messes en français et de montrer leur fidélité aux évêques", explique Vincent Neydon, porte-parole de la conférence des évêques de France.

Ce nouveau motu proprio a été accueilli avec "soulagement" par certains curés, qui constatent eux aussi des divisions entre les communautés.

"Le pape resserre la vis car l'espoir d'unité a échoué", affirme un prêtre diocésain, qui célèbre la messe selon les deux rites.

Il déplore les "excès" d'un "noyau de fidèles". "C'est difficile de discuter avec eux. Le nier, c'est se montrer hypocrite", ajoute le curé.

Un autre prêtre, qui souhaite lui aussi rester anonyme, pointe du doigt les réactions "épidermiques" que provoque chez certains traditionalistes toute référence à Vatican II.

Samedi, une manifestation réunissant une poignée de fidèles a été organisée devant la nonciature de Paris par Paix liturgique, un "réseau de laïcs catholiques attachés à la messe traditionnelle" pour lequel le décret du pape François "constitue une véritable déclaration de guerre et de haine à l'endroit du monde traditionnel", selon son site internet.

"Liberté pour la messe traditionnelle", "non à la guerre", pouvait-on lire sur les pancartes brandies par les quelques manifestants, qui prévoient de revenir samedi.

"Ce groupe est dans une posture +contre+ et pas dans une posture +avec+. Nous ne sommes pas dans un combat mais dans un dialogue", répond Vincent Neydon.

Plusieurs évêques, comme ceux de Nanterre, Versailles et Bayonne, ont d'ores et déjà renouvelé leur confiance aux adeptes de la messe traditionnelle.

A Epinal, l'abbé Dufour attend que l'évêque se prononce. "J'ai confiance en l'Eglise", affirme-t-il, et ajoute : "nous obéirons quoiqu'il en soit à l'autorité. Nous ne sommes pas des révolutionnaires".