Covid au Royaume-Uni : le calme avant la tempête ?

Alors que le nombre de nouveaux cas de Covid ne cessait de grimper en flèche au Royaume-Uni, ils connaissent désormais une baisse continue depuis quelques jours. Qu'est-ce qui explique cette baisse? Faut-il s'en réjouir? Pour certains experts, les cas pourraient se remettre à augmenter très prochainement, pour une raison simple...

Covid au Royaume-Uni : le calme avant la tempête ?
©afp
J.F.

Début juillet, le ministre britannique de la Santé s'alarmait de la levée des dernières mesures sanitaires, programmée le 19 juillet. "Avec la levée des restrictions et l'arrivée de l'été, nous nous attendons à une augmentation des cas de Covid. Ils pourraient atteindre 100.000 par jour", prévenait-il. Toutefois, 10 jours plus tard, la flambée des cas n'a pas (encore) eu lieu.. Au contraire, cela fait même quelques jours que le nombre de nouvelles contaminations baisse de façon continue, comme le montre le graphique ci-dessous. Ce 27 juillet, il y avait "seulement" 27.734 nouveaux cas recensés.

Ironie de l'histoire, il semblerait même que le pic de contaminations de la vague actuelle a été atteint le lendemain du "freedom day", c'est-à-dire du jour où toutes les mesures ont été levées. Bien sûr, on sait d'expérience qu'il faut attendre 14 jours pour voir l'effet de nouvelles règles dans la population générale, mais il n'en fallait pas plus pour que beaucoup se réjouissent. Le Premier ministre Boris Johnson a donc tenu à remettre les choses au clair. Oui, les chiffres baissent pour l'instant, mais la partie est loin d'être gagnée. "Il ne faut pas tirer de conclusions trop hâtives. Il faut rester très prudent", a-t-il déclaré. Et pour cause : si les contaminations baissent, ce n'est pas le cas du nombre de morts ou du nombre de personnes hospitalisées. Ces deux indicateurs continuent en effet à augmenter. Mardi, 131 morts ont été annoncés à cause du Covid, soit le chiffre le plus élevé depuis mars. "Nous sommes encore dans la troisième vague", conclut la directrice médicale des services de santé publique pour l’Angleterre, Yvonne Doyle.


Pourquoi les contaminations baissent-elles pour l'instant ?

Cette baisse ne signifie donc pas la fin de l'épidémie au Royaume-Uni, mais elle interroge, y compris dans les rangs des experts. Mark Walport, un ancien conseiller scientifique en chef du gouvernement anglais, a avoué dans le Times que "les scientifiques se creusaient la tête pour connaître les causes de cette baisse".

Plusieurs facteurs entreraient en tout cas en jeu. Parmi ceux-ci, citons les congés scolaires, la hausse des températures qui inciterait les gens à se réunir à l'extérieur plutôt qu'à l'intérieur, ainsi que la fin de l'Euro qui avait fait augmenter le nombre de cas et qui les fait maintenant baisser. N'oublions pas non plus l'impact du vaccin. Selon le gouvernement anglais, 88,3% de la population a eu sa première dose, contre 71,1% pour la deuxième. 

Mais ce n'est pas tout ! Tellement de cas contact sont en ce moment en isolement au Royaume-Uni que cela explique aussi logiquement (mais partiellement) la baisse des cas. Comme le soulignait Belga il y a quelques jours, l'isolement de centaines de milliers de personnes a été si important qu'il a même perturbé le fonctionnement de supermarchés et des transports, poussant le gouvernement à exempter certaines catégories de personnes d'isolement (moyennant un dépistage). 

Certains experts mettent toutefois en avant un dernier facteur, plus inquiétant. Les Britanniques se feraient tout simplement moins tester. Comme l'explique le Business Insider, le Royaume-Uni a réalisé 9% de tests en moins cette semaine que trois semaines auparavant. "Certaines personnes ont moins de symptômes, parce qu'elles sont jeunes ou parce qu'elles ont été vaccinées; elles ne se présentent donc pas pour un test", a déclaré lundi à CNBC Scott Gottlieb, ancien commissaire de la Food and Drug Administration des États-Unis. D'autres "minimisent les dangers de l'infection et refusent de se faire tester", ajoute le Dr Stephen Griffin, professeur associé à l’école de médecine de l’université de Leeds. Or, ces comportements pourraient avoir des conséquences...

Le calme avant la tempête?

Comme on l'a écrit au début de cet article, il y a en effet une sérieuse ombre au tableau : la levée des restrictions. Comme le rappelle Paul Hunter, professeur de médecine à l'Université d'East Anglia, "les données actuelles n'incluent pas la récente levée des mesures. Il faudra attendre au plus tôt vendredi (ndlr: le 30 juillet) pour voir l'impact de ce changement". A ce moment-là, les nouveaux cas risquent d'augmenter. "Si les changements de comportements ont été brutaux, alors nous pourrions voir les cas augmenter à nouveau", a confirmé Mark Woolhouse, professeur en épidémiologie de l’Université d’Édimbourg.

Même si les vaccins Pfizer et AstraZeneca sont respectivement efficaces à 88% et 67% contre le variant delta dominant au Royaume-Uni, ils ne le sont pas à 100%. De plus, les vaccins, s'ils diminuent considérablement les formes graves de Covid, n'offrent pas une protection à vie contre la maladie. "Huit millions d'adultes n'ont pas encore été vaccinés du tout", avertit Mark Woolhouse à la BBC.

Il faut donc attendre encore un peu afin de savoir si la tendance à la baisse se poursuivra ou non. Ce que le Royaume-Uni cherche à atteindre (comme tous les pays du monde) est un équilibre où le nombre de nouveaux cas restera stable. Et, pour cela, comme le Premier ministre britannique l'a expliqué, il faut encore rester prudent quelque temps.