Afghanistan : un "échec de la communauté internationale", pour Londres

Le ministre britannique de la Défense Ben Wallace a qualifié le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan d'"échec de la communauté internationale" lundi, avant une nouvelle réunion de crise gouvernementale à Downing Street.

Afghanistan : un "échec de la communauté internationale", pour Londres
© AFP

"C'est un échec de la communauté internationale, qui n'a pas compris qu'on ne règle pas les choses du jour au lendemain", a déclaré sur la BBC le ministre, qui avait déjà critiqué ouvertement la semaine dernière la décision américaine de se retirer.

Il a cependant assuré que l'engagement britannique en Afghanistan, qui a coûté la vie à 457 soldats britanniques en 20 ans d'intervention, "ne comptait pas pour rien".

L'Afghanistan se trouve lundi aux mains des talibans après l'effondrement des forces gouvernementales et la fuite à l'étranger du président Ashraf Ghani.

Prenant acte du fait que "les talibans contrôlent le pays", Ben Wallace a estimé sur Sky News que ce n'était "pas le moment pour l'instant" de reconnaître les talibans comme étant le gouvernement officiel de l'Afghanistan.

Le Premier ministre Boris Johnson doit présider lundi une réunion interministérielle de crise, dite "COBR", la troisième en quatre jours.

A l'issue de la précédente dimanche, il a appelé les Occidentaux à adopter un front uni pour éviter que l'Afghanistan "ne redevienne un terreau du terrorisme" et à ne pas reconnaître un gouvernemental taliban "de manière unilatérale".

Il a assuré que la "priorité" de Londres était la vaste opération pour évacuer de Kaboul des milliers de Britanniques et de personnel afghan.

"Moment humiliant"

Des milliers de personnes tentent désespérément, dans un chaos total, de fuir le pays à l'aéroport de Kaboul.

Les scènes de panique en résultant "sont localisées du côté civil" de l'aéroport. Le côté militaire est sécurisé et sous contrôle, les (avions effectuant des) vols militaires entrent et sortent", a assuré M. Wallace.

Le Royaume-Uni a déployé 600 soldats pour assurer l'évacuation de ses ressortissants et de son personnel local. Un premier vol est arrivé dimanche soir sur la base de Brize Norton, dans le centre de l'Angleterre.

"Nous avons évacué 370 employés et citoyens britanniques hier et avant-hier", a précisé le ministre, ajoutant qu'un groupe de 782 Afghans sera évacué du pays "dans les prochaines 24 à 36 heures".

"Notre objectif est d'atteindre 1.200 à 1.500" personnes évacuées par jour, a-t-il affirmé.

Sur la radio LBC, il a cependant reconnu, manifestement ému, que "certains ne pourront pas rentrer".

Devant l'urgence de la situation, Ben Wallace a affirmé "traiter le plus vite possible" les demandes de visa des Afghans ayant aidé les forces britanniques, expliquant "changer les règles" là où c'est possible pour accélérer le processus.

Face à la dégradation de la situation en Afghanistan, le gouvernement de Boris Johnson a critiqué ouvertement la décision américaine de se retirer, qui a entraîné le départ des troupes de l'Otan, dont les Britanniques.

Il a exclu en revanche toute intervention militaire et va devoir être confronté à de vives critiques mercredi matin au cours d'une session extraordinaire du Parlement.

"C'est un moment humiliant pour l'Occident", a estimé Mark Sedwill, un ancien représentant à l'Otan, sur la BBC.

"Je suis triste et écoeurée par ce que je vois", a confié George Robertson, qui était le secrétaire général de l'Otan au moment des attaques du 11 septembre 2001, sur la BBC. "Cela ne devait pas forcément se passer comme cela. Si nous avions tiré les leçons de ce qui s'est passé en Bosnie et au Kosovo, un retrait progressif fondé sur les faits et les succès sur le terrain aurait pu empêcher cette catastrophe de se produire."

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