"Ils ont gagné la guerre" : L'UE veut nouer le dialogue avec les talibans

L'Union européenne "devra parler" aux talibans "aussi vite que nécessaire", car ces derniers "ont gagné la guerre" en Afghanistan, a déclaré mardi le Haut représentant de l'UE, Josep Borrell pour la politique étrangère, observant que l'intervention occidentale avait échoué dans son objectif de construction d'un Etat afghan.

"Ils ont gagné la guerre" : L'UE veut nouer le dialogue avec les talibans
©AP
Olivier le Bussy avec agences

La nouvelle donne politique à Kaboul n'a rien pour plaire à l'Union européenne, qui n'a cependant pas d'autre choix que de s'en accommoder. L'objectif des Occidentaux d'ériger un État moderne et démocratique en Afghanistan a vécu. "Les talibans ont gagné la guerre. Donc, nous devrons parler avec eux, afin d'engager un dialogue aussi vite que nécessaire pour éviter une catastrophe humanitaire et migratoire", a déclaré le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, après la conférence de presse des ministres des Affaires étrangères qu'il avait convoquée ce mardi à Bruxelles. Parler avec les talibans ne signifie pas reconnaître officiellement le nouveau régime, a toutefois précisé l'Espagnol. Par ailleurs, si l'aide humanitaire continuera à être assurée, il n'est pas question de continuer à verser à Kaboul de l'argent européen dans le cadre de programmes d'aide au développement avant que la situation soit clarifiée, a complété le Haut représentant. "Il faut rester vigilant quant au respect des obligations internationales acceptées par les différents gouvernements afghans pendant cinquante ans et suivre de près la situation des femmes et des filles, qui nous inquiète beaucoup à l'heure actuelle." L'Union sera également attentive à ce que l'Afghanistan ne redevienne pas une terre d'accueil pour les terroristes étrangers.

"Nous devons reconnaître les erreurs que nous avons commises, particulièrement sur l'évaluation des capacités militaires" locales, alors que "l'apport de ressources sans précédent n'a eu que de médiocres résultats en termes de capacité de résistance de l'armée et de l'Etat afghan", a observé Josep Borrell.

Le premier objectif de l'intervention occidentale, à la suite des attentats du 11 septembre 2001, "était de détruire Al-Qaida", mais "notre mission a graduellement évolué vers la construction d'un Etat moderne", a-t-il souligné. "Aujourd'hui, on peut dire que nous avons réussi pour le premier objectif. Pas pour le second".

Le retrait européen de l'Afghanistan suit la décision de retrait américaine prise par le président Donald Trump et mise en œuvre par son successeur, Joe Biden, a fait remarquer M. Borrell. L'Union entend toutefois user de son poids économique et politique pour obtenir le respect des engagements internationaux contractés par l'Afghanistan. Elle veillera plus particulièrement au respect du droit des femmes et des filles dans ce pays tombé sous la coupe des islamistes.

L’Union européenne va évacuer ses collaborateurs afghans

L'autre grande priorité des Européens, notamment exprimée lundi soir par le président français, Emmanuel Macron, est que la situation en Afghanistan ne provoque pas de flux migratoires à large échelle vers l'Union européenne. Cette victoire des Talibans "aura des conséquences pour l'Occident", notamment en termes migratoires. "Il faut nous assurer que la situation ne débouche pas sur une vague migratoire sur l'Union européenne", a expliqué Josep Borrell . L'UE devra à cet effet "s'accorder avec les pays de transit" des migrants et leur apporter un soutien.

En revanche, l'Union européenne s'engage à évacuer ses collaborateurs afghans et les membres de leurs familles, soit environ 400 personnes. "Nous ne pouvons pas les abandonner", défend Josep Borrell. L'Espagne s'est déclarée prête à accueillir ces personnes pour qu'elles puissent ensuite être dirigées vers les différents États membres prêts à leur donner un visa - la Commission européenne ne dispose pas de ce pouvoir. L'Italie s'occupe de mettre en place le pont aérien et la France gère les questions de sécurité.

Ces collaborateurs locaux et leur famille représentent entre 380 et 400 personnes. Leur évacuation impliquera de dialoguer avec les Talibans afin qu'ils puissent accéder à l'aéroport de Kaboul. Le Haut représentant a exhorté les nouveaux maîtres de l'Afghanistan à respecter leurs engagements tout en précisant que le dialogue qui sera noué n'implique pas une reconnaissance du nouveau régime.

Du personnel de l'UE sera envoyé sur place afin de prendre les contacts nécessaires avec le régime taliban pour mener à bien cette opération.

Les collaborateurs de l'UE et leur famille seront transférés en Espagne et ensuite dirigés vers les pays européens prêts à les accueillir. L'Italie assurera le pont aérien tandis que la France se chargera de la sécurité.

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