"Macron fait honte à la France": des propos du président suscitent un tollé à gauche, des "raccourcis malhonnêtes" selon le gouvernement

Les propos d'Emmanuel Macron sur les "flux migratoires irréguliers" en provenance d'Afghanistan ont suscité mardi un tollé à gauche, tandis que droite et RN appelaient à la fermeté sur ce thème sensible à l'approche de la présidentielle.

"Macron fait honte à la France": des propos du président suscitent un tollé à gauche, des "raccourcis malhonnêtes" selon le gouvernement
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Au coeur de la polémique, l'allocution télévisée de lundi où le chef de l'Etat a d'un côté assuré que "la France fait et continuera de faire son devoir pour protéger celles et ceux qui sont les plus menacés".

Mais "nous devons anticiper et nous protéger contre les flux migratoires irréguliers importants qui mettraient en danger ceux qui les empruntent et nourriraient les trafics de toute nature", a-t-il ajouté.

La phrase a fait bondir à gauche, qui l'accuse d'entretenir une "confusion entre asile et immigration irrégulière", selon les termes du député écologiste (ex-LREM) Matthieu Orphelin.

Alors que les télévisions avaient largement diffusé des images de chaos à l'aéroport de Kaboul, les réactions se sont multipliées: le candidat à la primaire écologiste Yannick Jadot s'est dit "sidéré" d'entendre "que les femmes, les hommes et les enfants qui fuient l'enfer des Talibans sont d'abord une menace" et le maire EELV de Grenoble Eric Piolle a estimé que "Macron fait honte à la France".

Même indignation chez les députés LFI, où Adrien Quatennens a accusé le chef de l'Etat de "rabougrir la France" tandis que Clémentine Autain et Eric Coquerel dénonçaient une réponse "sordide".

"Cynisme" et "honte" pour la sénatrice socialiste Laurence Rossignol, intervention "digne d'un mauvais président de droite" pour son collègue Rémi Féraud... du côté des associations, le président de SOS Racisme Dominique Sopo a martelé que "les personnes qui fuient la guerre, l'oppression et la mort ne sont pas "des flux migratoires irréguliers".

Utopia56, qui dénonce régulièrement le traitement des demandeurs d'asile à Grande-Synthe ou Calais, a elle exhorté à "construire un accueil digne".

Devant le début de polémique, et alors que ses propos avaient été raillés par le lanceur d'alerte Edward Snowden d'un tweet lapidaire: "Emmanuel Le Pen!", le chef de l'Etat avait précisé lundi peu avant minuit sur Twitter, à propos de ses déclarations "que certains veulent détourner", que "la France fait et continuera de faire son devoir pour protéger celles et ceux qui sont les plus menacés".

Les Afghans ont été la première nationalité de demandeurs d'asile en France l'an dernier, avec un taux de protection à l'Ofpra proche des deux tiers du fait principalement du "manque général de sécurité sur le territoire".

"Raccourcis"

L'explication pédagogique de la majorité s'est poursuivie mardi, le secrétaire d'Etat aux affaires européennes Clément Beaune dénonçant de "tristes polémiques", et le porte-parole du groupe LREM Pieyre-Alexandre Anglade regrettant des "raccourcis malhonnêtes".

Défendant le "en même temps" macronien, Patrick Mignola, patron du groupe Modem, a estimé sur franceinfo que "vous avez en France un certain nombre de gens qui expliquent qu'il faudrait accueillir tout le monde ce qui n'est pas à la hauteur de nos capacités. Ou qu'il faudrait accueillir personne ce qui n'est pas à la hauteur de nos valeurs".

Avant le discours du chef de l'Etat, l'ex-LR Xavier Bertrand, candidat à la présidentielle, avait averti que "la crise afghane se poursuivra sous la forme d'une nouvelle vague migratoire en Europe".

Un constat proche de celui de Marine Le Pen (RN): "nul doute que cette situation entraînera, pour nos pays, un risque accru d'attentats et la perspective de nouvelles vagues d'immigration".

Selon l'eurodéputé RN Thierry Mariani, "la seule question est comment éviter l'afflux de réfugiés qui ne manqueront pas d'être infiltrés par les islamistes".

"On doit accueillir les réfugiés politiques" mais "il ne faut pas que des gens utilisent cette situation pour venir en France pour d'autres raisons", a assuré le maire de Béziers Robert Ménard, proche du RN, sur Europe1.

Sur ce sujet migratoire, où le discours s'est durci ces derniers mois chez LR, le président du groupe au Sénat Bruno Retailleau a appelé à faire preuve de "fermeté".

"La France n'a pas les moyens d'une vague migratoire de plus", a également estimé Laurent Wauquiez, président Les Républicains de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

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