En perte de vitesse, le pouvoir conservateur en Pologne rejoue la carte anti-migration

En perte de vitesse, les conservateurs nationalistes au pouvoir en Pologne rejouent la carte anti-migration qui leur a apporté la victoire aux législatives de 2015, dans l'espoir de reprendre l'initiative sur la scène politique.

En perte de vitesse, le pouvoir conservateur en Pologne rejoue la carte anti-migration
© BELGA
AFP

Des milliers de migrants, pour la plupart originaires du Moyen-Orient, ont franchi la frontière bélarusso-européenne ces derniers mois, l'UE y soupçonnant une forme de représailles du régime de Minsk face aux sanctions européennes. Varsovie et les pays baltes évoquent "une attaque hybride".

En Pologne, la crise migratoire dénoncée par le gouvernement a le visage d'une trentaine de migrants, probablement des Afghans, bloqués dans un campement de fortune entre le Bélarus et la Pologne qui refuse de les laisser entrer sur son territoire et même de leur porter assistance.

"Il n'est pas exclu qu'il y ait des élections anticipées l'année prochaine, au lieu en 2023, et il n'est pas sûr que le (parti) Droit et Justice (PiS) y obtienne la majorité ou même arrive à bâtir une coalition", estime Agata Szczesniak, une analyste politique du portail internet OKO.press.

Le gouvernement a perdu sa majorité parlementaire au début du mois après le départ d'un partenaire de coalition et doit désormais compter sur quelques voix d'un petit parti, allié du moment. Selon un récent sondage de Kantar, le PiS a perdu trois points et est désormais au coude-à-coude avec le principal parti d'opposition, la Plate-forme civique, à 26%.

"Pour remonter dans les sondages, le PiS essaie de rejouer ce qu'il a fait en 2015. Il focalise les émotions sociales autour de l'image de la guerre" contre les réfugiés.

Pendant la crise migratoire de 2015, le leader du PiS, Jaroslaw Kaczynski, avait surfé, avec succès, sur la peur de l'étranger au cours de la campagne pour les législatives, allant jusqu'à évoquer des dangers épidémiologiques et "toutes sortes de parasites" que les migrants pouvaient, selon lui, introduire en Pologne.

Aujourd'hui, soulignant que les migrants se trouvent sur le territoire bélarusse, la Pologne empêche ce groupe d'accéder à des ONG tentant de leur apporter nourriture, couvertures ou médicaments et qui dénoncent le comportement "scandaleux et immoral" des autorités.

"Le territoire polonais sacré"

Le gouvernement polonais est resté intransigeant même après des appels de l'Office onusien pour les réfugiés, du Conseil de l'Europe et de la Cour européenne des droits de l'Homme.

Le Premier ministre Mateusz Morawiecki déclare aujourd'hui protéger "le territoire polonais sacré".

Portant une veste militaire, il visite la frontière pour annoncer la construction d'une clôture de barbelés. Son ministre de la Culture Piotr Glinski promet de "défendre la Pologne contre les émigrés" et le ministre de la Défense Mariusz Blaszczak envoie deux mille soldats à la frontière.

"Ce qui se passe à la frontière, c'est de l'or politique" pour le pouvoir, estime l'ex-Premier ministre polonais et ancien chef du Conseil européen Donald Tusk, à la tête de l'opposition centriste.

Selon Adam Szostkiewicz, un commentateur politique de l'hebdomadaire Polityka, le PiS bâtit sa campagne électorale autour" des migrants.

Or la situation a changé depuis 2015, remarquent les analystes.

"A l'époque, environ 70% des Polonais se déclaraient hostiles à l'accueil des immigrés, aujourd'hui ils sont 55%", souligne ainsi Agata Szczesniak.

Les Polonais sympathisent avec les Afghans et il y a de plus en plus d'immigrés en Pologne, des Ukrainiens et des Bélarusses.

Confusion

Par ailleurs, le gouvernement a bien fait évacuer de Kaboul un millier d'anciens collaborateurs des forces polonaises, le Premier ministre soulignant que son pays "ne laissait pas ses amis dans le besoin".

"D'une part, le PiS aide les Afghans et, de l'autre, il les rejette. Cela crée de la confusion", relève Mme Szczesniak.

Le fait que la crise puisse être orchestrée par Minsk "ne justifie pas le manque d'empathie élémentaire", estime M. Szostkiewicz, et "les Polonais le voient".

La situation du groupe bloqué à la frontière a même provoqué une ferme réaction de l'Eglise catholique, habituellement politiquement proche des populistes au pouvoir.

Jeudi, le Primat de Pologne Wojciech Polak a appelé toute la classe politique à être "avant tout guidée par l'hospitalité, le respect des nouveaux arrivants et la bonne volonté".

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