Sayed Sadaat, cet ancien ministre afghan devenu livreur: "Il n’y a pas à avoir honte, c’est un travail comme un autre"

Refusant la corruption et constatant la dégradation sécuritaire dans son pays, il décide, fin 2020, de partir en Allemagne.

Refusant la corruption et constatant la dégradation sécuritaire dans son pays, il décide, fin 2020, de partir en Allemagne.
©AFP
P.M (st.)

"Ce n'est pas parce que vous avez été ministre que vous devez rester sans travailler et ne rien faire", concède Sayed Sadaat, casque visé sur la tête, vêtu de la couleur orange si caractéristique de l'entreprise de livraison pour laquelle il travaille désormais.

Cet ancien ministre de la Communication en Afghanistan, entre 2016 et 2018, s’est reconverti en livreur à vélo de plats à emporter et sillonne les rues de Leipzig.

Un destin pour le moins hors du commun qui suscite de nombreux reproches de la part d’Afghans restés au pays.

Pour autant, cette situation ne semble pas déconcerter l'intéressé, "il n'y a pas à avoir honte, c'est un travail comme un autre".

Ce changement de vie drastique, cet ex-homme politique de 49 ans ne le regrette en rien. D'ailleurs, il tient à le préciser, "je suis fier de faire ça, sinon j'aurais pu devenir un ministre corrompu".

Cet ancien membre du gouvernement avoue que s’il a quitté son poste, c’est à cause de la corruption qui gangrenait les rouages de l’administration. À la suite de sa démission en 2018, ce diplômé en technologie de l’information et de la communication se reconvertit dans le secteur des télécoms.

Mais en 2020, constatant la dégradation du contexte sécuritaire, il décide de quitter l’Afghanistan. Malgré sa double nationalité afghano-britannique, il décide de s’installer en Allemagne.

Pourquoi ? Un choix stratégique, selon lui, compte tenu du champ des possibles offert par la première puissance économique européenne, et en raison de la nécessité de ne pas s’enliser dans les démarches administratives post-Brexit.

Toutefois, son manque de connaissance de la langue devient rapidement un obstacle. Pour y remédier, il consacre quatre heures par jour à son apprentissage, avant d’enfourcher son vélo pour ses six à huit heures de livraisons quotidiennes.

Si ces journées à rallonge lui permettent de subvenir à ses besoins, Sayed Sadaat tient néanmoins à préciser que cette activité est transitoire. Il souhaite en effet mettre à profit ses compétences pour "conseiller le gouvernement allemand" en donnant une "image réaliste du terrain".P.M. (st.)