France: à huit mois de la présidentielle, Castex veut afficher l'unité de la majorité

Mettre la majorité en ordre de marche pour 2022 : avant LREM et le MoDem, Jean Castex s'est affiché mardi auprès de la branche droite de la macronie, à qui il a affirmé sa volonté de "structurer la majorité", jusqu'alors incapable de bâtir une "maison commune".

France: à huit mois de la présidentielle, Castex veut afficher l'unité de la majorité
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A Sélestat (Bas-Rhin), le Premier ministre a échangé à huis clos avec la vingtaine de députés du groupe Agir, manière d'assurer à ceux qui s'érigent en aiguillons libéraux de la majorité, parfois jugés turbulents, la considération qu'ils estiment leur revenir.

"On a de très bons rapports avec Jean Castex ; un dialogue franc, de qualité", jure le patron du groupe parlementaire, Olivier Becht, qui note cependant autant de "satisfactions que de déceptions" depuis 2017 : "On a une injonction paradoxale, il faut être loyal mais on ne sert à rien si on n'a pas un pas de côté, un décalage", complète la députée Valérie Petit.

Pas assez écoutés, ces partenaires de la majorité ? "Il faudra gouverner jusqu'à la dernière minute, finir le mandat", convient M. Becht, "mais nous avons l'ambition de ne pas simplement peser, mais influencer, avec des propositions pour la France".

En ligne de mire, la dépendance et le grand âge, qui pourraient trouver de premières traductions législatives à l'automne lors de l'examen du budget de la Sécurité sociale et, plus largement, lors d'un éventuel deuxième quinquennat.

Car, rappelle la députée Agnès Firmin Le Bodo, "en 2017, nous n'avions pas travaillé pour le programme d'Emmanuel Macron", puisque les troupes, principalement issues de la droite juppéiste, n'avaient rejoint le président élu qu'après les législatives.

"Aujourd'hui, notre situation est différente: si nous pensons que le chemin tracé par Emmanuel Macron est le bon, la structuration de la majorité est insuffisante", tacle Olivier Becht.

"Vieux couple à plusieurs"

En cause, la "maison commune" censée fédérer l'ensemble de la macronie, et aux contours jamais définis. Jean Castex doit-il en être l'architecte? "Il a dit son goût et son désir de structurer cette majorité. Après, il y aura les annonces et la méthode. C'est bien", a assuré Valérie Petit à la sortie du conciliabule.

Si l'intéressé n'a pas souhaité faire de commentaires publics sur la réunion, il a pris soin de mettre les formes: sur la place du bourg alsacien, entouré des parlementaires Agir, il s'est plié au jeu de la photo de famille élargie, sur laquelle figuraient également Christophe Castaner, patron des députés LREM, Patrick Mignola, son homologue du MoDem, ainsi que Stéphane Séjourné, influent conseiller du président de la République et réputé artisan de la mise en ordre de la majorité.

"Avec les partenaires de la majorité, nous sommes déjà un vieux couple à plusieurs, on a nos habitudes, nos travers, mais on les dépasse", assure Christophe Castaner.

Le ménage doit-il se réinventer sous une autre forme? "On s'en fout, la maison commune, c'est nous", évacue-t-il.

Le patron du groupe MoDem n'est pas non plus convaincu par "le parti unique: la droite a essayé, la gauche a essayé, ça a mal fini".

Mais, "ce qui nous guette pour la majorité en général, pour la macronie, c'est l'excès de confiance", poursuit-il, en pointant "ceux qui grenouillent pour trouver une position dans la cour du roi plutôt que veiller à ce qu'on assume les responsabilités pour pouvoir ensuite en reprendre pour cinq ans", au risque de "bidouillages, bisbilles entre les familles de la majorité et perte de lien avec l'opinion publique".

Jean Castex l'a lui aussi martelé devant les parlementaires: "Il a porté le message qu'il restait cent jours pour porter les réformes, qu'il fallait être concentré et uni", a relaté un participant.

Le Premier ministre, qui a acté quoi qu'il arrive qu'il ne serait plus à Matignon fin avril, doit poursuivre sa tournée la semaine prochaine aux journées parlementaires de LREM, puis du MoDem.

"Jean Castex est le chef politique de la majorité", salue Christophe Castaner. "Après, on sait tous que, connaissant la personnalité du président de la République, Emmanuel Macron ne se désintéresse pas des réflexions politiques qui sont conduites dans sa majorité..."

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