Des Molenbeekois, des hommes en fuite, des commandos venus de Syrie: qui sont les vingt accusés du procès des attentats de Paris ?

Vingt accusés seront jugés lors des assises à Paris à partir de ce 8 septembre. Sept d’entre eux sont issus de la “filière de Molenbeek”. Mohamed Abrini est, avec Salah Abdeslam, l’accusé le plus en vue de ce procès hors norme.

Ils seront quatorze dans le box des accusés pour être jugés pour leur implication présumée dans les attentats du 13 novembre. Certains sont davantage impliqués que d’autres, comme en atteste le fait que onze sont détenus et que trois comparaîtront libres. Six autres, dont cinq sont présumés morts, seront jugés par défaut.

Schématiquement, on peut ranger les 20 accusés en quatre catégories : les Molenbeekois (7), les proches des frères El Bakraoui qui se sont fait exploser à Zaventem et à Maelbeek le 22 mars 2016 (4), les commandos venus de Syrie (4), les hommes en fuite vraisemblablement morts en Syrie (5). Petit passage en revue.

Les Molenbeekois

Deux de ceux-ci seront spécialement sous les projecteurs tout au long du procès. Salah Abdeslam (31 ans) et Mohamed Abrini (36 ans) sont les plus connus. À peine quelques jours après les attentats, leurs portraits, repris sur des avis de recherche, ont été largement diffusés jusqu'à leur capture, le 15 mars 2016, pour le premier et le 8 avril 2016 pour "l'homme au chapeau" qui avait renoncé à se faire exploser à Zaventem.

Ce sont aussi les deux accusés impliqués au plus près dans les attentats de Paris. Salah Abdeslam, qui a ramené d’Allemagne ou de Hongrie la plupart des hommes qui frapperont le 13 novembre, était présent à Paris lors des attentats auxquels il aurait peut-être dû prendre part. Mohamed Abrini était à Paris avec les kamikazes moins de 24 heures avant qu’ils ne passent à l’action.

Les deux hommes ont, au cours de leur détention, adopté une stratégie différente. Salah Abdeslam s’est tu, tandis qu’Abrini a été entendu par la police belge et la juge d’instruction à une vingtaine de reprises, pour des auditions ou interrogatoires qui ont bien souvent duré une journée entière. (Portrait d’Abrini pages 16-17). On attend donc davantage de Mohamed Abrini que de Salah Abdeslam au cours de ce procès d’assises d’autant que, lors de son procès pour la fusillade de Forest devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, Salah Abdeslam avait refusé de s’exprimer, se limitant à une courte déclaration.

Mohamed Amri, Hamza Attou et Ali Oulkadi étaient très proches des frères Abdeslam. Mohamed Amri avait racheté à bon prix la voiture de Brahim et se sentait quelque peu redevable envers ce dernier. Hamza Attou avait travaillé au noir comme serveur dans le café de Brahim, où il vendait du cannabis.

Ensemble, avec Amri au volant de sa Golf, ils sont allés récupérer Salah Abdeslam à Paris dans la nuit du 13 au 14 novembre. Ils l’ont ramené à Bruxelles. Au cours de ce trajet, Salah Abdeslam leur confiera avoir participé aux attentats avec son frère Brahim et avoir renoncé à se faire exploser.

L’enquête a laissé apparaître qu’entre mi-septembre et mi-novembre 2015, Mohamed Amri a été associé à la location de quatre des cinq voitures qui ont servi à ramener des commandos de Hongrie et d’Allemagne ainsi qu’à la location d’un des trois véhicules utilisés pour les attentats de Paris.

Hamza Attou n’est pas impliqué dans les préparatifs des attentats. De retour de Paris, il a payé des vêtements et le coiffeur d’Abdeslam avant d’appeler Ali Oulkadi qui prendra en charge Salah Abdeslam. Au café, Salah racontera à ses deux copains une dernière fois ce qui s’était passé à Paris et la mort de Brahim.

Ali Oulkadi est un autre habitué des Béguines, le café de Brahim Abdeslam, dont il était le meilleur ami. Oulkadi avait constaté de longue date la radicalisation des deux frères. Le 14 novembre 2015, en début d'après-midi, il a véhiculé Salah de Laeken à Schaerbeek, où, en descendant de voiture, à 400 mètres de sa planque, ce dernier lui a confié qu'ils ne se reverraient jamais.

Les trois hommes n’ont pas véritablement de casier judiciaire hormis pour Amri (une condamnation à 120 heures de travaux) et Attou (80 heures). Seul Amri comparaîtra détenu. Attou et Oulkadi sont sous contrôle judiciaire après avoir purgé respectivement 30 et 31 mois de préventive.

Ahmed Dahmani, 32 ans, a un tout autre profil. Délinquant endurci, meilleur ami de Salah Abdeslam, proche de Mohamed Abrini, il semblait acquis aux thèses djihadistes dès la mi-2014. À plusieurs reprises, il est apparu avec Salah Abdeslam dans la préparation des attentats, notamment dans la recherche d'appartements. Il a fui, prenant un vol Amsterdam-Istanbul, quelques heures après les attentats. Il a été arrêté sur le chemin de la Syrie. La justice turque l'a condamné à 10 ans de prison. Il est détenu en Turquie et ne sera pas présent à Paris.

Abdellah Chouaa, 40 ans, comparaîtra libre et n'a jamais été détenu. Il est un proche de Mohamed Abrini, avec qui il est resté en contact suivi lorsque ce dernier s'est rendu en Syrie, fin juin 2015 et lorsqu'il est rentré via l'Angleterre et la France début juillet 2015.

Les proches des frères El Bakraoui

Yassine Atar, 35 ans, est le jeune frère d'Oussama Atar, considéré comme le grand ordonnateur des attentats de Paris (et de Bruxelles) à partir de la Syrie. Les frères Atar sont les cousins germains des frères El Bakraoui, qui se feront exploser à Zaventem et Maelbeek et dont ils étaient très proches. Il a eu des contacts suivis avec Ibrahim El Bakraoui et Mohamed Bakkali, notamment à la mi-septembre quand la cellule est à la recherche d'armes, de planques et qu'arrivent les membres du commando du Bataclan.

Mohamed Bakkali, 34 ans, est Verviétois. Il a rencontré Khalid El Bakraoui alors que tous deux suivaient des cours d'arabe fin 2013. Il a été identifié comme le locataire de véhicules passés par les caches. Sous un faux nom, il a loué des planques utilisées par la cellule, à Schaerbeek et Jette. Il a été condamné à 25 ans de prison en décembre dernier à Paris pour son implication dans l'attentat du Thalys le 21 août 2015. C'est lui qui aurait ramené en Belgique Abdel Hamid Abaaoud et Khalid El Khazzani.

Ali El Haddad A sufi, 36 ans, travaillait chez LSG Sky, qui assure le catering à l'aéroport. C'est un ami de longue date de Khalid El Bakraoui avec lequel il a étudié en humanités à Ixelles. Il a été mis en cause pour avoir contacté, par l'intermédiaire d'un cousin d'Amsterdam, des trafiquants d'armes de Rotterdam et les avoir rencontrés très vraisemblablement avec les frères El Bakraoui. Ses contacts auraient été fructueux et cette filière néerlandaise a, semble-t-il, fourni plusieurs fusils d'assaut à la cellule terroriste.

Farid Kharkhach, 29 ans, est considéré comme l'intermédiaire entre le groupe terroriste - plus précisément Khalid El Bakraoui - et un réseau de fabrication de faux papiers qui a été démantelé à Saint-Gilles un mois avant les attentats. Ce réseau a fourni 14 cartes d'identité qui ont été utilisées par les membres de la cellule pour louer de faux appartements ou par les commandos venus de Syrie pour sécuriser leur retour entre l'Allemagne ou la Hongrie vers la Belgique.

Les commandos venus de Syrie

Osama Krayem, 29 ans avait quitté la Suède pour la Syrie le 17 août 2014. On l'y a aperçu sur la vidéo où un pilote jordanien est brûlé vif dans une cage. Il a quitté la Syrie à la mi-septembre 2015 et a rejoint l'Europe via le chemin des réfugiés. Le 13 novembre 2015, il s'est rendu avec Sofien Ayari à Amsterdam, d'où, dira-t-il sans véritablement convaincre, il a été envoyé pour vérifier les consignes de l'aéroport de Schiphol. Ils rentreront le soir-même. Osama Krayem devait être le deuxième kamikaze à se faire exploser dans le métro de Bruxelles le 22 mars 2016 mais il a fait demi-tour au dernier moment.

Sofien Ayari, un Tunisien de 28 ans, avait quitté la Tunisie en décembre 2014 pour la Turquie, d'où il a rejoint la Syrie. Il a suivi le chemin des réfugiés avec Osama Krayem, qu'il accompagnera à Schiphol le 13 décembre 2015. Le 15 mars 2016, il a résussi à fuir avec Salah Abdeslam de la planque de la rue du Dries à Forest qui était perquisitionnée. Les deux hommes seront arrêtés trois jours plus tard.

L'Algérien Adel Haddadi, 34 ans et le Pakistanais Muhammad Usman, 28 ans, ont suivi ensemble le chemin des réfugiés pour quitter la Syrie. Haddadi a dit qu'il avait été choisi en Syrie - par un homme qu'il identifie comme le Belge Oussama Atar, ordonnateur des attentats - pour une mission en France avec trois autres hommes. Il s'agissait des deux Irakiens qui se sont fait exploser au Stade de France et de Muhammad Usman. Si les deux Irakiens ont réussi à traverser l'Europe, Haddadi et Usman ont été arrêtés une première fois en Grèce et une deuxième fois à Salzbourg trois jours avant les attentats de Paris.

Les hommes en fuite vraisemblablement morts

Oussama Atar est un vieux routier du djihad. Ce Belge né en 1984 a été détenu en Irak de 2005 à 2012. De retour en Belgique, il aurait radicalisé les frères El Bakraoui qu'il visitait en prison. Il a rejoint la Syrie en décembre 2013. S'apuyant sur son passé et ses relations dans l'embryon de l'État islamique, il est devenu l'émir de la Cellule des opérations extérieures de l'EI qui a commandité les attentats. Il aurait été tué par une frappe de drone le 17 novembre 2017.

Obeida Aref Dibo est un Syrien né en 1993. Il était cadre de la Cellules des opérations extérieures de l'EI. Il a sollicité ses cousins pour la confection de faux passeports syriens et l'acheminement de membres des commandos. Il serait mort dans un bombardement en Syrie en février 2016.

Ahmad Alkhald, un Syrien né en 1992, avait rejoint la Belgique le 3 octobre 2015. C'est lui qui a lancé la fabrication du TATP, l'explosif des gilets des kamikazes. Il est reparti pour la Syrie fin octobre 2015, d'où en février 2016 il a encore été sollicité pour donner des conseils pour fabriquer le TATP que les terroristes utiliseront à Maelbeek et Zaventem. Il serait mort en Syrie en juillet 2017.

Les frères Fabien Clain (1978) et Jean-Michel Clain (1980), radicalisés de longue date en région toulousaine, sont apparus dans la revendication audio diffusée par l'EI au lendemain des attentats du 13 novembre 2015. Son analyse montre qu'il devait avoir eu accès avant ces attentats à des informations sur les actions en préparation. Ils seraient morts en février 2019 lors du siège de Baghouz, dernier réduit de l'EI.

Sur le même sujet